Police, état de crise? Une réforme nécessaire (Extrait 1)

« … vous faites ce que l’on vous dit, on les baisera ! » C’est l’expression d’un policier devant les stagiaires d’une école de formation, laissant sous-entendre que les autorités politiques et le tout public sont ses cibles. C’est aussi l’expression qui m’a révélé l’échec d’une professionnalisation du métier ; qui m’a révélé que les formations des policiers se heurtent à une sous-culture policière qui anéantit les meilleures intentions des formateurs. La police est un métier difficile et à risques. La police est au cœur du Gouvernement. Les policiers sont des professionnels de valeurs, des professionnels pragmatiques. Une phrase et voici des dizaines d’heures de formations remises en question. Il ne s’agit pas de malveillance, bien au contraire. Spontanément le policier, porteur de toutes les représentations qui virilisent la profession, transmet aux stagiaires la marche à suivre pour être reconnu par la corporation, les états-majors et la direction. L’intégration dans le métier passe par ce biais. Il y a dix-sept ans, je m’inscrivais à l’école de police par passion. L’apprentissage policier était axé sur le sport et l’intervention opérationnelle. Il nous fallait durcir le corps et agir avec instinct et, par la même occasion, il nous a fallu… entretenir les locaux. Quid, j’étais inscrit à l’école qui a, en partie, appris le métier en repeignant le centre de formation de la police genevoise. Plus tard, je me suis rendu compte qu’avec mon consentement, ce temps de formation m’avait formaté et entraîné au « produit » policier. J’avais endormi mon identité personnelle, mon intelligence créative et ma capacité critique. Je rentrais dans une famille, avec ses mœurs et sa sous-culture forte et attractive.