Police, état de crise? Une réforme nécessaire (Extrait 2)

J’observe que le management policier est identique à l’action sur le terrain « … c’est l’urgence continue. » Du coup par coup ! Je croise un collègue dans les couloirs du centre de formation qui m’explique sa surprise d’être convoqué à une formation spécifique, alors que dans quelques jours il sera affecté à de nouvelles fonctions : « Tu vois encore une fois la nullité de notre organisation. J’attends depuis près de dix ans une formation que je n’ai jamais reçue, et aujourd’hui, alors que je quitte ma fonction on m’oblige cette journée de formation ». Quelquefois des formations sont organisées avec les meilleures intentions du monde. Pourtant il est manifeste qu’elles ont dans la grande majorité des cas, pour effet de frustrer le policier qui les accueille comme des mises en scène pour masquer certains manquements organisationnels. « Tes cours sont des alibis pour la direction… ; T’es gentil mais mon brigadier m’harcèle, me fait des insinuations d’ordre sexuel à longueur de journée. En plus, il est incompétent. Alors tu vois tes formations en Droits humains tu peux d’abord aller les donner aux cadres », me dit une collègue féminine lors d’une journée de sensibilisation aux Droits humains. Son constat est immédiatement corroboré par un collègue qui travaille avec elle : « Ce qu’elle dit est vrai. C’est un vrai enfoiré. Et ça n’empêche pas qu’il va prendre encore un galon dès l’année prochaine. Au lieu de nous donner des formations alibis, vous feriez mieux de vous occuper de la hiérarchie. D’ailleurs, franchement, qu’elles sont leurs compétences ? » Après ce sont les états-majors qui sont violemment critiqués, parfois injuriés, mais aussi les médias, les députés, les avocats, les requérants d’asile, les ONG, les travailleurs frontaliers, les Droits de l’homme… et la liste n’est jamais exhaustive. C’est pourquoi dans ce contexte « … vous faites ce que l’on vous dit, on les baisera ! » prend tout son sens. Combien de fois ne m’a-t-on pas dit : « … ce n’est pas à nous – les policiers – qu’il faut donner des cours, mais aux délinquants, aux citoyens et aux médias ? » ; « Nous perdons vraiment notre temps ici !… Pendant que dehors il y a du travail ». Entre l’accusation de formations alibis, le manque de confiance envers les états-majors, et le constat que l’intégration dans le métier policier – entre la formation initiale et l’intégration sur le terrain – est souvent mise en échec, je me suis mis à douter de mes compétences de formateur-policier. J’étais en tous les cas confronté à des paradoxes. J’étais en prise directe avec la réalité, les possibles et impossibles efficiences de la formation.