Police, état de crise? Une réforme nécessaire (Extrait 3)

Une police capable de transformer ses troubles internes, comme autant de leçons utiles, est une police qui prévient l’isolement. Une police qui parie sur l’ouverture interdisciplinaire est une police qui se donne toutes les chances d’améliorer son image et sa communication publique par une meilleure compréhension et un meilleur respect de son fonctionnement.

Usuellement, les réformes sont imposées à la police de l’extérieur par les Pouvoirs législatifs et exécutifs. Souvent, dans de telles situations, la corporation identitaire de la Police resserre ses rangs… et, forme un désaccord silencieux. Plus rien d’extérieur n’y pénètre. Aucune fructification ou pollinisation n’est donc possible. La corporation offre une apparence unie, mais elle évite, ainsi, toute concertation aux réformes. Il suffit qu’un seul de ses membres risque des propositions nouvelles pour qu’il soit écarté de la famille, toute entière compromise.

Le gardien de la paix est un policier qui fait la paix. La paix relie les humains. Le métier de policier est donc un métier de l’humain et le policier en est le gardien. Ce n’est pas le Brevet qui fait un bon flic, mais c’est sa propre capacité de résister aux atteintes à la liberté d’autrui. La principale ressource du policier est son habileté intellectuelle. Une habileté fondée sur ses expériences, sur les risques encourus, ses remises en question et son argumentation. L’intelligence c’est l’adaptation bénéfique. C’est démontrer une capacité propre d’apprentissage continu ; c’est démontrer une capacité d’innovation et d’amélioration ; enfin, c’est démontrer une capacité de constituer un réseau de mise en lien. Mettre ensemble des idées différentes pour faire naître une réponse cohérente, mais aussi pour résister à la maladie, à l’accident, à la dégradation des relations entre personnes d’un même quartier, aux atteintes à l’intégrité humaine : pour plus de sécurité, de tranquillité et de salubrité publique.

Ce sont les conditions que doivent remplir le policier pour bénéficier des meilleurs équipements dans l’accomplissement de ses missions. Il ne peut pas se laisser engloutir par les méthodes et les techniques. Le métier de policier est un métier de l’humain. Son pouvoir fondamental est et restera toujours la pensée critique ; à condition que du temps et de l’espace organisationnel lui soient accordés pour l’exercer.

Tous les professionnels actifs dans les champs d’intervention interpersonnelle accordent leurs actions autour de la prise en compte de la détresse humaine. Nul n’est à l’abri d’un basculement vers la déshumanisation. Le policier protège et rend service à partir du très bas, à partir des points de chute. Puis, il aide à relever, il conduit la personne secourue aux services sociaux, aux services médicaux, et la personne interpellée au Pouvoir judiciaire. Confier ses qualités d’intelligence, de dextérité, d’habilité et d’habileté à l’État démocratique n’a de sens que dans le respect des Droits humains. Les Droits humains protègent aussi le policier.

Si le policier ne reçoit pas le temps et les outils pour défaire les nœuds qui conditionnent ses troubles, il tranchera entre les bons et les mauvais. Il régnera, fera la guerre et réduira ses appréciations humaines à quelques discriminations galvaudées. Il se recroquevillera dans sa communauté corporative, méfiant de tous, étranger à son environnement socioculturel ; enfermé dans ses doutes et ses peurs… incapable d’objectiver le soutien, d’objectiver l’interpellation et l’arrestation, d’objectiver le jugement de l’Etat.

La fortune du policier ne viendra pas de son institution policière, mais de ce que chaque agent d’État aura gagné en intériorité fondamentale.

Le policier, durant ses formations initiales et continues, doit découvrir la part de nuisible qu’il cache en lui. Il doit appréhender les risques de sa fonction et conserver en mémoire vive les tourments historiques afin d’appréhender et de résister à leur éventuel sombre retour.

N’avons-nous pas là les ingrédients d’une plaidoirie nouvelle, forte, et complémentaire aux attraits coutumiers du métier de policier pour attirer de nouvelles recrues ? Pour restaurer l’image de la police ? Pour rafraîchir les services de l’État ?