Note de l'auteur

Avant hier, 2004, j’ai sollicité Yves Patrick Delachaux, flic recommandé loin à la ronde, pour convenir d’une collaboration policière avec l’entreprise que je dirige, Preventive Business. Dans la foulée, avec ses collègues, il me confiait la responsabilité du cours Droits humains du Brevet fédéral de policier au sein de la Police cantonale genevoise. Plus tard, j’animais, à ses côtés, deux formations continues en sciences humaines et sciences de gestion ; cours de base et formations continues que je pilote toujours.

Hier, il m’interpellait sur le management des polices et les défis qu’il imaginait pour celles-ci; un ouvrage scientifique est né, il en retrace les échanges.

Aujourd’hui, je reviens à lui et lui fait part de mes travaux sur la paix civile et la police. Vingt et un questionnements sont nés.

Ensemble, nous cheminons, d’une question à l’autre, par monts et par vaux, et poursuivons le but de grandir la mission policière et de la rapprocher des intérêts de la communauté des citoyens, à commencer par les plus vulnérables. Ensemble, nous nous sommes fixés comme objectif de proposer des agissements possibles, au jour le jour, signe par signe, pas après pas, geste par geste.

Considérant que le policier est le premier défenseur inhérent des Droits de l’Homme, nous avons compris pourquoi il croise les valeurs fondamentales de l’État de droit, notamment en six « lieux » d’intervention. Les voici :

  1. aux côtés des faibles. Le policier est le gardien de l’intégrité de toute personne. Il sert et protège.
  2. dans l’usage de la force. Le policier dispose du pouvoir de coercition et du moyen discrétionnaire.
  3. dans la maîtrise de la force. Le policier agit proportionnellement et donne l’exemple, dans le plus profond respect des Droits humains.
  4. dans la représentation de l’État. Le policier est un agent du service public assermenté.
  5. dans l’exercice argumenté de sa pratique professionnelle. Le policier exerce le métier de l’humain.
  6. en engageant la démocratie dans chacun de ses actes. Le policier est le seul professionnel à pouvoir limiter (positivement) et violer (négativement) directement, concrètement et conséquemment les Droits humains, dont il est pourtant le détenteur et le garant, au nom de l’État.

Ces « lieux » d’intersection sont aussi des lieux de guérison pour le policier « absent » de sa posture d’agent d’État au service du public, ou malade de ses frustrations, et, enfin, des lieux de dénouement pour la corporation policière toute entière. Il est confié au policier le rôle de faire la circulation au carrefour de la détresse humaine. Qu’il se saisisse donc de cette faculté, aucune autre profession n’est aussi bien placée. Le policier en a-t-il conscience ? Lorsque tous les acteurs sociaux ont échoué, il reste la police. Cette dernière ne peut pas se reposer sur d’autres intervenants de sécurité, c’est à elle, à elle seule, qu’il lui incombera d’être porteuse de solution, ou non. Et nous verrons alors pourquoi la police est au début et à la fin de la fabrication démocratique d’une Europe en consolidation.

Cela joue d’autant plus d’importance, que nombre de citoyens semblent ne pas ou plus, par démission civique, réaliser la chance – oui, la chance – qu’ils ont de pouvoir bénéficier d’un État de droit aussi sûr et aussi stable, légué par les anciens. C’est bien la police qui incarne la protection de la liberté de parole, de la liberté d’association et de manifestation, de même qu’elle recouvre d’un voile de dignité toutes les victimes, sans distinction aucune. Qu’on le veuille ou non, c’est la police qu’on appelle en urgence. Respect. Les ingénieries de formation et les outils dont la police devrait disposer, ou dispose déjà, pour l’exercice de sa fonction, doivent, dès lors, servir les médiations, l’éducation, la vision sociétale, la réforme et la création de projets d’entreprises policières, en plus de la prévention, et non seulement renforcer les techniques de son pouvoir de contrainte. Nous présenterons, dans cette collection, en exclusivité, des innovations policières actuellement en soumission auprès de plusieurs polices cantonales et municipales suisses et européennes, sur le chemin de la Recherche action et développement.

Les potentiels de résolution des difficultés de société, autour du maintien de la paix, sont sous-exploités. En effet, il suffit d’être témoin, comme nous l’avons été à de nombreuses reprises, des propos injurieux et indignes – quand ce ne sont pas des exactions concrètes – de plusieurs policiers, à l’encontre de personnes qu’ils interpellent ou simplement qu’ils désignent de passage, au volant de leur voiture ou au fil de leur patrouille, pour cueillir la démonstration, in vivo, d’un ras-le-bol institutionnel chronique. Les nombreuses études sociologiques l’attestent. Mais de qui se moquent-ils, de quelles catégories d’humains ? Pourquoi se laissent-ils aller à de telles dérives orales ? Par méconnaissance, non reconnaissance, étroitesse des champs d’intervention ? Nous en déduisons que nombre de policiers manquent de visions ; conséquences de l’absence ou de la rareté des formations continues en sciences humaines. La plupart des hiérarchies policières ne peuvent pas donner l’exemple, elles sont isolées et mono-disciplinaires.

En examinant de plus près quelques traits historiques suisses significatifs nous croyons y déceler des éléments qui tentent à expliquer pourquoi la police détient une fonction chargée  de mémoire vive ; mieux, un rôle de gardien de la paix, contre toute attente naturelle.

Enfin, tout au long de nos questionnements, nous aborderons les notions du mal et du bien. Dans une seule idée; celle d’avancer.

Nous n’avons pas la prétention de détenir des réponses, mais nous sommes convaincus qu’elles se dessineront avec les policiers de bonne volonté.