Policier, gardien de la paix? (Extrait 3)

Une police polyvalente ?

Avertissement. Critiquer et faire des propositions d’amélioration des organisations de police n’est pas une mince affaire. On se détournera de vous. Vous avez rompu le silence qui emprisonne la corporation à ses compromissions. Le policier se plaint mais n’accepte pas que cela se sache. Les liens affectifs à une appartenance corporative puissante, uniformée, hiérarchisée et soudée sont très vites affectés… En effet, les propos les plus sévères viendront de ses membres eux-mêmes, mais il suffit, à un observateur étranger, solidaire, de les reproduire, avec toutes les précautions d’usage, pour qu’il soit immédiatement banni. « Il ne peut pas connaître le métier. » « Il ne se rend pas compte des dangers.» La police s’appartient toute seule.

Comment alors offrir un service public ? Et, comment ouvrir les fenêtres d’une institution isolée pour y accueillir l’air frais d’un management rénové ? De deux façons – nous en aurons la confirmation plus loin dans le texte – : la rupture et la vision.

La rupture est si bien illustrée dans la bible avec le centurion romain Paul qui tombe de cheval ; il vacille du haut de ses certitudes, il s’est laissé toucher, remis en question. Pour grandir.

La vision est ordinairement transmise par les chefs. Quels chefs ? Plusieurs, un collège au moins, pour faire face aux nombreuses responsabilités de plus en plus complexes liées aux missions de police et dépendantes du code pénal notamment, mais aussi pour appréhender les mutations sociétales environnantes et internationales. L’on comprendra, dès lors, qu’il vaille la peine de déconstruire les préjugés et les convenances institutionnelles avant toute re-construction nouvelle. Les personnes qui s’y collent perdront leurs plumes, surtout s’ils ont de l’avance sur leur temps. L’interpellation policière dans sa forme comme dans son esprit pratiquera ce tarif tant que ses rangs ne sont pas garnis de profils aussi diversifiés que les animateurs socioculturels, philosophes et autres sociologues.

En Angleterre, l’on compte aujourd’hui, 40 % de civils dans la police. Pourquoi ? Stephen Savage répond dans son ouvrage « Police Reform » en soulignant que trois facteurs de déclenchement sont à l’origine des réformes de la police en Angleterre ; à savoir : les crises, les professionnels eux-mêmes et les acteurs politiques.

S’agissant des crises, elles eurent lieu suite aux émeutes de Brighton, en 1981, et suite au rapport Scarman qui en fit description. Le modèle de police qui reposait sur des arrestations et des contrôles d’identité (stop and search) principalement dirigés à l’encontre des minorités a été l’objet de critiques raciales. En effet, plus tard encore, en 1993, le rapport MacPherson, faisant suite à des erreurs policières, révèle un racisme institutionnalisé dans la police britannique. Le renversement a eu lieu, nous l’aborderons encore plus loin. La police garante des droits des minorités et des Droits fondamentaux les bafoue. Le monde à l’envers, la paix est sapée par ceux qui doivent la maintenir. Suite à ce constat dramatique, en 2002, une autorité indépendante, chargée de l’enregistrement des plaintes et de leur étude, est mise en place.