Présumé non coupable, des flics contre le racisme (Extrait 1)

Qu’est-ce que c’est un « acte raciste » ?

« C’est bien beau tout ça, mais tant que je serai flic, je me battrai pour que les nègres ne passent pas la frontière !… On va quand même pas leur dérouler un tapis rouge », (un collègue lors d’une formation de sensibilisation aux relations interculturelles et communautaires), « … je constate juste qu’une bonne partie des personnes à la prison est étrangère et je me contente de ceci », (un autre). « … j’ai bien compris que tu souhaites arranger les choses et c’est bien, il en faut. Seulement pour essayer de me changer moi, c’est raté ! Tu bosses avec des types qui viennent là pour se marier frauduleusement, pour obtenir le permis suisse, pour se faire de l’argent, enfin ce sont des criminels. Ce n’est simplement pas normal, car pour moi le respect de l’homme c’est sacré… », (un cadre intermédiaire après une formation à l’interculturalité). « … je suis d’accord pour dire que nous avons des préjugés, mais je ne suis pas payé pour laisser les autres nous envahir. Tu sais moi je ne vois pas les étrangers, ils vivent comme nous et je me fous d’où ils viennent. Pour moi ils cherchent à endoctriner avec des belles phrases pour mieux passer chez nous, mais même ça finalement je m’en fous, ce qui me dérange ce sont celles (les belles phrases) qui viennent troubler ma vie ! », (une surveillante de prison sur la feuille d’évaluation remise après un cours sur les discriminations), « … je suis pas raciste, d’ailleurs j’suis marié à une brésilienne. Mais je te garantis que je supporte plus les familles arabes qui viennent au guichet, il y a toujours des problèmes et ils ne se gênent pas de me traiter de raciste. Ça m’énerve, c’est quand même pas moi qui fais les règlements ! », (un agent de la police des étrangers).

Ces réflexions m’ont beaucoup fait réfléchir. Je ne cacherai pas ma surprise, puis la lassitude qui m’a gagné petit à petit, avant que je ne comprenne que de telles réflexions ont le mérite de permettre une discussion ouverte, comme par ailleurs un certain nombre d’autres sujets qui, dans le cadre policier, ne sont jamais tabous.

Certes les propos sont bruts, mais pour peu que l’on sache les déchiffrer, ils permettent une entrée en matière immédiate et sans faux-semblants. Combien de fois m’est-il arrivé de participer à des formations dans d’autres environnements professionnels, par exemple auprès de travailleurs sociaux, sans que personne n’ose parler des sentiments de haine, de frayeur, de xénophobie, de racisme parfois, qui les ont submergés de temps à autre. Mais est-ce possible dans une activité dite sociale d’ouvertement reconnaître ses craintes, sa haine parfois ? C’est ce qui a aiguillonné ma réflexion : reconnaître des émotions et parfois les réactions qu’elles entraînent est un premier pas.

Mon propos est de proposer une réponse à cette réalité du terrain. L’étape suivante consiste à mettre à disposition des agents de l’État une grille de lecture et une série de consignes qui permettent de mieux réagir, voire de dépasser les réflexes de peur qui amènent aux propos et malheureusement aux actes racistes. Alors réhabiliter la fonction d’agent de la force publique dans ce qu’elle est de plus noble, servir et protéger nos valeurs humanitaires en assurant la sécurité civile en faisant un usage minimal de la force.

L’activité des métiers policiers, concrète, dangereuse et engagée, les amène parfois à gérer de graves menaces : cela endurcit les positions personnelles, politiques, sociales, philosophiques ou religieuses. Les codes de déontologie imposent que les policiers ne pas prononcent pas en public sur ces sujets. Par comparaison, d’autres métiers sont sous pression, mais disposent dans leur rapport à la violence de plus de distance. Cela explique pourquoi, en espace de formation par exemple, les policiers, qui par la nature de leurs activités doivent apprendre à synthétiser une problématique, dans l’urgence, trouvent un espace d’expression, et ne vont pas tergiverser avant d’affirmer ce qu’ils ressentent : doutes parfois, colères et haine, frustrations, souvent la douleur, leur violence et celle des autres. Pour un observateur extérieur ce comportement peut sembler inadéquat, les propos déplacés, mais pour un formateur averti… quelle satisfaction ! Cela permet aussi d’observer des réactions qui sont partageables par chaque personne, mais dans une forme exacerbée.