Postface

Frédéric Maillard
Formateur en ressources humaines
Professeur HES en travail social
Directeur de Preventive Business (action préventive des conflits en dégénérescence impliquant les entreprises transnationales)

Je me souviens encore très bien de la visite scolaire du gendarme venu nous expliquer les normes de sécurité routière, mieux encore, nous entraîner dans la rue pour une simulation concrète. L’attitude et l’uniforme de l’agent d’État étaient aussi importants que les règles de prudence enseignées. Les rigoureuses consignes et les limites à ne pas franchir nous venaient du pouvoir que la société des adultes avait délégué à ce représentant de la force publique. Les enjeux pour moi étaient, à cet âge, encore imperceptibles, bien que la référence fût posée. L’agent du service public n’est plus réapparu durant toute ma scolarité, ni lors de ma formation professionnelle, ni durant mes études. Son retour subit et inattendu me laissera le goût amer de la contravention, bien plus tard, dans la même rue ! C’est tout le problème : la sécurité publique ne se résume pas aux règles de circulation. Qu’en est-il de la défense des valeurs qui fondent notre État de droit et le protègent contre les dérives ? Dans les cas de violation de chacune de nos valeurs démocratiques, le policier intervient généralement en dernier lieu, après que tous les autres acteurs sociaux ont échoués. C’est pourquoi le témoignage du policier faisant part de son expérience de terrain est nécessaire à la compréhension des mécanismes qui peuvent conduire chacun d’entre nous à commettre une injustice discriminatoire. C’est en cela que la pratique policière devient une référence s’inscrivant dans l’éducation citoyenne :

  • une référence pour l’autorité élue qui ne visionne pas suffisamment les enjeux majeurs de notre société en mutation et n’augmente pas les effectifs policiers pour l’accomplissement des activités médiatrices de résolutions des conflits ;
  • une référence pour l’instruction publique qui, dans ses écoles, n’invite pas suffisamment les policiers tout au long de ses cycles et ne favorisent pas les discussions, les concertations avec tous les acteurs sociaux, y compris les personnes d’origine étrangère ;
  • une référence pour les propres managements des corps de police qui ne favorisent pas davantage qu’ils ne le font déjà les échanges pluridisciplinaires et l’enseignement des droits humains dans leurs formations initiales et continues ;
  • une référence pour la population, à commencer par les jeunes, qui méconnaissent les missions des agents de la force publique et s’emparent des préjugés courants.

Je souhaite ainsi que le policier soit moins isolé dans son engagement professionnel. Ses qualifications exercées, entretenues et renouvelées dans le domaine du respect des droits humains sont comparables à un « ange gardien » qui peut le soutenir tout au long de sa carrière. Ces valeurs ne sont pas seulement théoriques, mais constituent une plus-value qui renforce et soutient les actes et les gestes de coercition du policier. Chacun devrait pouvoir se servir de l’analyse du policier Yves Patrick Delachaux comme d’un avertissement utile pour l’action préventive et innovante, car notre meilleur potentiel d’avenir est le développement d’un rempart collectif contre le racisme. Le racisme ne doit pas contaminer l’expérience de la rencontre, de l’écoute du témoignage authentique, de l’éducation civique, de la connaissance de l’autre et enfin de l’héritage historique. Il ne reste qu’à espérer que cet ouvrage, véritable guide pratique, décrivant l’expérience de son auteur, devienne un outil de réflexion et d’action formatrice pour l’ensemble des acteurs sociaux.