Préface

Jean-Daniel Vigny
Département fédéral des affaires étrangères
Mission permanente de la Suisse auprès de l’ONU à Genève
Ministre, en charge des questions relatives aux droits de l’homme

A partir de son propre vécu d’ex-flic de quartier, Yves Patrick Delachaux, aujourd´hui pilote de programmes d´éthique et de droits de l´homme à la police genevoise, porte dans ce livre un regard lucide et dépourvu de complaisance sur les pratiques discriminatoires de la police à l’encontre de personnes de couleur de peau et/ou d’origine ethnique différente. Partant du réflexe ethnocentrique qu’est la xénophobie et des simples tentations racistes, il démonte et démontre le mécanisme – j’allais dire la « logique » … – inhérent aux actes perpétrés par le « raciste » sommeillant en tout être humain lorsqu’il est confronté à des comportements étrange( r )s. Cette réflexion déontologique sur les dérives racistes possibles de l’action de la police dans la vie de tous les jours amène l’auteur à proposer en fin d’analyse une seule conclusion : la prévention et le combat contre le racisme doivent inévitablement passer par l’éducation, la formation, la sensibilisation et donc la compréhension de l’autre, mais également – si nécessaire – par la résolution de conflits, en particulier la médiation. Selon l’auteur, de tels programmes ne doivent pas être destinés aux seuls responsables de l’application des lois (policiers, douaniers, gardiens de prison, employés d’offices d’immigration et d’asile ou chargés du refoulement, etc.), mais s’adresser également mutatis mutandis aux migrants eux-mêmes. Ils doivent en outre prévoir des partenariats institutionnels et associatifs entre la police et les communautés ethniques aux fins de proposer ensemble des stratégies d’intervention et de médiation et d’en évaluer en commun les résultats.

Ces conclusions de Yves Patrick Delachaux donnent corps aux propos tenus par le Conseil fédéral dans son tout premier Rapport -de 1982- sur la politique de la Suisse en faveur des droits de l’homme : « Il est évident que la crédibilité de notre action dans ce domaine sera d’autant plus grande si nous menons une politique cohérente en ce qui concerne le respect des droits fondamentaux des personnes vivant en Suisse, et notamment des étrangers ». Bien plus, les recommandations de l’auteur du présent ouvrage concrétisent aussi la Convention ONU de 1965 sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ratifiée par la Suisse en 1994. En effet, après avoir constaté, dans son Préambule, que « la discrimination entre les êtres humains pour des motifs fondés sur la race, la couleur ou l’origine ethnique […] est susceptible de troubler […] la coexistence harmonieuse des personnes au sein d’un même Etat », cette Convention oblige les Etats parties, en son article 4, « à prendre des mesures immédiates et efficaces, notamment dans les domaines de l’enseignement, de l’éducation, de la culture et de l’information, pour lutter contre la discrimination raciale et favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre les nations et groupes raciaux ou ethniques […] ».

La parution de « Présumé non coupable, des flics contre le racisme » tombe à point nommé, car les recommandations faites dans ce livre constituent – indirectement – une première réponse à M. D. Diène, Rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, suite à la mission d’établissement des faits qu’il a effectuée en Suisse, en janvier 2006. En effet, dans une note préliminaire du 16 février sur sa visite en Suisse, M. Diène dit avoir recueilli « des témoignages concordants et documentés sur les manifestations croissantes de racisme et de discrimination envers les personnes étrangères ou les nationaux d’origine africaine noire ainsi qu’envers les communautés d’origine balkanique et provenant du monde arabo islamique et asiatique ».

C’est tout à l’honneur de Yves Patrick Delachaux que de prendre en mains ses responsabilités de policier – mais aussi de citoyen – en donnant une nouvelle signification à la devise de la police, « protéger et servir ». Je le remercie vivement de faire connaître ses idées à un large public suisse et étranger, car nous sommes tous concernés, nous hommes et femmes désireux de vivre dans la paix et la sécurité en Suisse, sans discrimination aucune, qu’elle que soit la couleur de notre peau, notre origine ethnique ou notre religion.