Notes sur mon travail de mémoire pour l’obtention d’un Master en Sciences de l’Education

«Œuvrer pour la formation des policiers» est une réflexion de l’offre de formation de la police genevoise, dont la politique, les processus et les dispositifs de formation sont aujourd’hui en discussion; réflexions impulsées tant par les policiers, en attente de véritables réformes institutionnelles, que par la direction de la police, constamment interpellée par la société civile sur les compétences de son personnel, s’agissant ici des qualités et de l’efficacité des interventions policières pour résoudre des conflits sociaux, bien au-delà d’une seule visibilité des forces publiques; de plus, réflexions issues des préoccupations de la Suisse et de la communauté européenne, qui analysent les relations entre l’action de la police et de la justice pénale, à celles de la société civile en proie à l’insécurité, tant subjective qu’objective, d’une collectivité en processus de complexification et de globalisation, facteurs d’unification pour les uns, de divisions pour les autres.

«Œuvrer pour la formation des policiers» est un constat que la formation de la police genevoise doit aujourd’hui créer des partenariats avec des organismes de formations et de qualifications, et, examiner des procédures de rapprochements auprès de la recherche en formation d’adultes, aux sciences humaines, sociologie, ergonomie, etc.; mais encore, tisser en matière de formation, des liens étroits avec les Etats membres de l’Union européenne, dont les préoccupations de qualification de leur personnel policier est identique à celles des directions suisses, cantonales et fédérales, de justice et police; de plus «Œuvrer pour la formation des policiers» est un constat, que de part et d’autre, de nombreuses recherches, pour certaines aboutissant à des projets, sont menées pour le développement de nouvelles méthodologies d’intervention policière, requérant une approche philosophique, sociologique et politique (macrosociale) permettant une meilleure compréhension des enjeux civils; cependant, projets parfois «mort-nés», par manque d’entendement entre les différents acteurs, comme nous le verrons avec les blocages politiques et institutionnels, des nouvelles méthodologies d’interventions appliquées dans les champs d’une police communautaire (community policing), de résolution de problèmes (problem solving policing), etc.

«Œuvrer pour la formation des policiers» fait suite aux préoccupations du Conseil de l’Europe en matière de la formation des corps de police; mais encore, après le réexamen du système de sécurité intérieure de la Suisse (projet USIS); et l’étude de faisabilité d’une Ecole romande de police (ER) lancée en 1997 lors de la conférence des Commandants des polices cantonales de Suisse romande, de Berne et du Tessin (CCPC RBT) sur l’éventuelle synergie possible dans le cadre du Concordat réglant la coopération en matière de police; et pour terminer, «Œuvrer pour la formation des policiers» s’est penché sur la mise en place du brevet fédéral de policiers (ères) approuvé en mai 2003 par Joseph Deiss, Conseiller fédéral, permettant à trois écoles pilotes (Neuchâtel – Berne – Saint-Gall) d’entreprendre une phase pratique, et ceci après que les recherches de la commission paritaire, composée des représentants syndicaux, de l’Institut Suisse de Police et des commandants et des chefs cantonaux de police (l’Office fédéral de la formation comme partenaire), aboutissent.

«Œuvrer pour la formation des policiers» s’est aussi voulu une réflexion sur les contraintes professionnelles du métier de policier, qui mènent parfois les fonctionnaires de police à adopter des comportements de survalorisation, ou au contraire de rejet, issus de moments de crise entre un devoir de fidélité à l’Etat et le sentiment d’impuissance, cultivé dans une action parfois «impossible», et découvrant le sens ou le non-sens de celle-ci; d’autant que le policier en Suisse (et dans la communauté européenne), afin d’honorer le serment exprimé devant les autorités gouvernementales de faire respecter la tranquillité publique et de protéger les personnes et les biens, évolue dans une logique d’ordre et loyauté, envers l’Etat de droit.

«Œuvrer pour la formation des policiers» propose d’adopter une situation d’acteur, d’un rôle d’agent public, en s’appuyant sur deux œuvres littéraires qui traversent ce document; d’une part, Les Misérables (1862) de Victor Hugo, mettant en scène Jean Valjean traqué par l’inspecteur Javert, qui tient ces «ces gens-là, quand ce n’est pas de la boue c’est de la poussière», rejets d’une humanité dont Javert lui-même s’exclut: «fonctionnaire… en dehors de tout…cet homme était composé de deux sentiments: le respect de l’autorité, la haine de la rébellion…il enveloppait dans une sorte de foi aveugle et profonde tout ce qui a une fonction dans l’Etat», récit qui libère l’Homme Jean Valjean, dans l’acte de soulever la charrette écrasant Fauchelevent, et qui soulève ainsi la misère qui l’accable, il se libère donc lui-même dans la dynamique d’une action éthique; a contrario de Javert, en fonctionnaire fidèle et scrupuleux, qui termine sa vie en se délivrant de la culpabilité d’avoir enfreint le devoir de fidélité à l’Etat… dans les flots de la Seine (Javert est-il seulement un personnage de fiction? Eugène François Vidocq (1775-1857) devient chef de la brigade de la sûreté à la préfecture de police en 1822-1829 et 1831-1832, alors qu’il avait été auparavant bagnard. Comme Javert lui-même, né en prison d’une joueuse de carte). Situation d’acteur d’autre part, dans le récit La colonie Pénitentiaire (1919) de Franz Kafka, lui-même écartelé entre son métier d’employé administratif et son besoin viscéral d’écriture, qui exergue le devoir de fidélité sous les traits de l’officier d’un pénitencier en charge de l’exécution des condamnés, annihilant toute compassion, et sans même une lueur de résistance, parfaitement soumis à la procédure implacable d’un système bureaucratique pervers.

Ainsi deux œuvres dans lesquelles des fonctionnaires honnêtes et loyaux, choisissent de mettre prématurément fin à leurs jours, puisque dans l’incapacité de trouver une réponse au sens éthique de leur action d’un service public, absurdité métaphysique de la condition des hommes.

«Œuvrer pour la formation des policiers» est pensé en deux parties majeures. La première destinée à informer sur ce qu’est la police, se penche sur les exigences du métier de policier, ses contraintes et ses libertés, d’une organisation de type bureaucratique, décrite par Weber, d’une historicité militaire qui préjuge de l’histoire de la formation en forçant une réflexion sur le métier «qui ne peut que s’apprendre sur le terrain», et, l’action de soumission ou de résistance au devoir du service public; approche sociologique d’une préoccupation suisse et européenne des systèmes de sécurité, d’un élargissement de l’Union européenne, des flux migratoires, des violences urbaines en constante augmentation et d’une baisse de l’âge des délinquants. La deuxième partie est destinée à informer sur ce qu’est la formation, en abordant une analyse thématique de la formation comme ingénierie, contextualisé à la police genevoise, qui fait face à de nouveaux besoins de formations et qualifications, de recherche de solutions et de maîtrises, d’orientation et de valorisation, et de partenariats, opérant une pensée de conception d’un système de formation, du montage d’un dispositif, de gestion et de pilotage des pratiques et d’une adaptation au milieu professionnel.

Pour terminer, «Œuvrer pour la formation des policiers» est l’exercice d’une écriture académique et d’une recherche de savoirs, pour un policier entré dans le corps de gendarmerie en 1992, inscrit à la faculté de psychologie et des sciences de l’éducation en 1998, qui soutient son mémoire en 2005; aventure d’une écriture de l’intérieur du système policier, puisque émanant d’un besoin de (re) donner du sens à une activité d’agent du service public, favorisant l’action face à la conceptualisation dans un acte policier entre savoir-faire (métis) et exécution du geste (praxis).

Ainsi l’univers policier à la rencontre de l’écriture, un métier qui depuis le quadrillage des villes, le relevé des populations, la surveillance des déserteurs et l’approvisionnement des villes, s’inscrit dans une «politeia».

Yves Patrick DELACHAUX