30
juin
2017

24 heures

Pour une nouvelle culture policière

« Flic de quartier, je n’ai cessé de m’interroger sur un renouvellement de la culture policière et de la profession par des processus novateurs en ressources humaines (RH), de police de proximité et citoyenne. J’ai vu trop de collègues devoir quitter le métier ou renoncer à leurs engagements par manque de maturité organisationnelle. A ce titre, je souffre. »

Yves Patrick Delachaux

Les policiers, comme le citoyen, ont droit à la reconnaissance de leur travail. J’ai constaté que la rigueur bureaucratique, le manque de vision politique et d’audace de l’administration freinent la réforme que doit engager la police. Mieux, c’est une refonte complète de son fonctionnement qui doit être amorcée. Il en va de la sécurité nationale et de celle des policiers.
Le défi de la police, en ce début du XXIe siècle, est de devenir une organisation axée sur l’apprentissage continu de son personnel, afin de fournir des réponses policières adéquates aux transformations sociales et politiques qui s’opèrent en Europe, donc en Suisse.

Pourquoi est-ce prioritaire? Le policier est l’un des premiers défenseurs de nos libertés. Par exemple, la sécurité des bulletins et locaux de vote, la liberté de manifester en sécurité, le droit d’être présumé innocent et traité humainement… Nous sommes tous, citoyens et policiers, inquiets de l’évolution des mœurs, et c’est bien normal! Soyons donc entreprenants, novateurs et audacieux. Confrontons nos sensibilités et nos intelligences pour redéfinir l’espace sécuritaire citoyen. Car, sans réponses adéquates aux questions émergentes sur la sécurité dans l’espace européen, il est probable que la police perde le sens de sa mission.

Nous attendons que les directions de la police, tant politiques qu’institutionnelles, adoptent des positions qui répondent à nos nombreux questionnements sur les enjeux de la sécurité dans un environnement démocratique. Plusieurs études démontrent que le policier, après les premières années passées sur le terrain à faire du «flag» (flagrants délits), des «crânes» (interpellations), risque de ne plus être en mesure de saisir les finalités de sa mission, d’en perdre le sens global, de ne plus comprendre sa véritable posture professionnelle. C’est un danger.

J’ai observé la difficulté, pour les dirigeants de la police, de traduire les recherches, observations, recommandations, traités et conventions en mesures concrètes et en outils professionnels. Leur premier réflexe est de mettre en place des normes contraignantes pour le personnel, exprimées par des ordres de service, des codes de déontologie et autres textes normatifs, placés sous la surveillance des états-majors, d’une «police des polices» ou de quelque organe d’inspection. Le policier n’est pas entendu.

J’encourage une approche en ressources humaines fondée sur un management novateur, qui nécessite aussi de nouvelles orientations et compétences chez les cadres supérieurs. Oui, les objectifs généraux que je souhaite voir se développer visent à ce que le policier soit à même d’appréhender l’esprit de la loi et d’intégrer une véritable culture de la sécurité, dans un cadre éthique et respectueux des droits humains.