07
juin
2010

Genève Hebdo

Un flic à histoires...

Ancien flic, écrivain, coscénariste, expert en sécurité, Delachaux est le chouchou des médias français et même du cinéma. Il n’appartient plus au corps de police genevois, mais ne rate jamais une occasion de tirer à boulet rouges sur la direction de la police.

Élisabeth Strata

Genève Hebdo

Il rentre de Californie, a dû différer un séjour à Madère à cause du volcan islandais. Cet été, le quadragénaire retourne à Los Angeles, puis séjournera deux mois à Paris. Pour écrire. Encore et encore. Nous avons attrapé Yves Patrick Delachaux entre deux trains en gare de Genève. Marinière et boucle d’oreille à la Corto Maltese, l’ancien policier sort à la mi-juin «Policier, gardien de la paix?», un essai qu’il signe avec Frédéric Maillard.

Votre dernière actualité?
La formation des nouveaux fonctionnaires du canton de Genève. C’est un nouveau cours dans lequel on traite de l’État; le statut, le rôle et la fonction de l’agent public. Dans quelques jours sort «Policier, gardien de la paix?» (Editions L’Hèbe), un essai, le deuxième que je signe avec l’économiste Frédéric Maillard. Le livre traite des enjeux du métier de policier, aujourd’hui pluridisciplinaire, avec ses enjeux démocratiques.

Ce livre est-il aussi critique que votre essai précédent «Police, état de crise?», publié en 2009?
Le dernier traitait de l’organisation, celui-ci des fondements. En résumé, ce n’est pas en surarmant la police que l’on va assumer la sécurité. Le policier est un constructeur de la paix sociale, pas un guerrier. Or, on a propension à militariser la police. A quand un char M113 devant les commissariats? Les citoyens demandent une police de proximité. Pas des militaires. Quelles réponses a-t-on amené pour sécuriser la population? Un nouvel uniforme, un pantalon bouffant, des rangers, un bombers, une casquette de base-ball. Une ceinture de charge agressive. Un uniforme de guerre et non de paix. C’est totalement irresponsable!

Vous êtes très sévère par rapport au métier que vous avez exercé dix-sept ans!
Je critique parce que j’aime. La police genevoise reste ma famille.

Vraiment?
Policier, je le suis sans doute davantage qu’auparavant.
Aujourd’hui mon discours est celui d’un expert. Si j’étais resté à la police genevoise, alors là, j’aurais démissionné. Vous savez, on m’a retiré tout ce que je faisais, notamment cette expérience de police de proximité multiethnique qui, aujourd’hui encore, est montrée en exemple par la Confédération à l’étranger.

Aujourd’hui mon discours est celui d’un expert. Si j’étais resté à la police genevoise, alors là, j’aurais démissionné. Vous savez, on m’a retiré tout ce que je faisais, notamment cette expérience de police de proximité multiethnique qui, aujourd’hui encore, est montrée en exemple par la Confédération à l’étranger.

Vous semblez encore fâché…
Je suis fâché contre la Direction de la police genevoise, qui n’a pas su gérer la criminalité. J’essaye d’être la voix des policiers qui souffrent, et d’encadrer ceux qui réfléchissent au métier. Je suis fâché car depuis trop longtemps la Direction de la police genevoise fait preuve de malveillance, d’incapacité à gérer les dossiers sécuritaires. Je me demande parfois si c’est de l’incompétence ou de l’autisme.

Que voulez-vous dire exactement?
Depuis des années, on tourne en rond. On éjecte par le haut des personnes incompétentes. Je suis pour un système qui s’ouvre sur l’extérieur. Il faut injecter dans la direction des personnes venant du monde social, économique, des ressources humaines. Un chef de la police n’a pas l’obligation d’être policier. Il ou elle doit être un manager, posséder des compétences liées au défi de l’économie du bassin lémanique, de l’ordre diplomatique et politique. Je ne crois plus que le poste de chef de police puisse être tenu que par une personne. Aujourd’hui, il faut envisager des directions bi ou tri céphale.
Les nouveaux défis en sécurité nous forcent à imaginer des recrutements et collaborations plus larges. Prenez par exemple la criminalité informatique, elle ne nécessite pas qu’un type soit policier et sportif! Je connais de gars en chaises roulantes qui seraient juste d’excellents enquêteurs.

Que pensez-vous de l’opération Figaro?
Souhaitons que la Conseillère d’État Isabel Rochat ne s’appuie surtout pas sur sa direction actuelle. Si l’opération Figaro s’inscrit dans une action, une réflexion générale, ok. Mais s’il s’agit d’une énième opération coup de poing, cela ne sert strictement à rien.

Quelles sont vos réactions par rapport à ce policier qui a tiré sur un jeune homme à la sortie du tunnel de Sevaz dans le canton de Fribourg?
Une enquête est en cours. Il faut laisser la justice faire son travail. Il faut connaître l’enchaînement des événements, dont ce qui s’est dit à la centrale d’alarme, savoir si on a présenté la situation comme dangereuse. Moi je dirais que d’une manière générale, la police n’est pas là pour faire usage de son arme, elle doit tout mettre en œuvre pour préserver l’intégrité des personnes, même des voyous.

Aujourd’hui, combien de temps consacrez-vous à l’écriture?
50% de mon temps, c’est-à-dire 12 heures par jours. Mon troisième roman, «Grave panique» sort dans quelques mois. Je bosse aussi sur le scénario de «Flic de quartier» avec le réalisateur Christian Lyon et le scénariste Jean Éric Troubat. Nous en sommes à la deuxième version du scénario. Cela prend du temps.

Allez-vous jouer votre propre rôle?
Ce n’est pas mon métier. Les noms de Vincent Lindon et Kad Merad ont été évoqués. Je bosse aussi sur une série policière. J’ai été contacté par des français pour une fiction dont le héros est un policier suisse qui enquête dans des grandes capitales européennes.

Et cet engagement sur la liste MCG pour la Constituante, que signifie-t-il?
Je ne suis pas membre du MCG, je le dis et le répète. J’étais au Cambodge quand mon camarade policier Thierry Cerutti m’a appelé. Il m’a dit «on a besoin de toi, ici». J’ai d’abord refusé car je ne fais pas de politique. Et puis, j’ai réfléchi. Je me suis dit que j’y avais ma place à la Constituante.

Les choix de Yves Patrick

Flic ou voyou?
J’aime bien les voyous, les gueules cassées, les putes… J’aime la révolte, les épreuves, la survie, il y a au moins des trucs à raconter.

USA ou Asie?
Asie. Il y a une énergie magnifique en Asie. On a l’impression que quand on est là-bas, tout est possible. Il est vrai que je suis attiré par l’histoire coloniale. Je trouve que les Américains ont une vie à la Walt Disney. Beaucoup trop lisse pour moi.

Vidocq ou Les Experts?
Vidocq. On a sorti un voyou de prison et il est devenu chef de la PJ parisienne. Je suis indifférent aux experts, je ne rentre pas dans ces séries.

Marguerite Duras ou Marc Lévy?
Duras, mille fois Duras! Sa nouvelle «Écrire», m’a donné envie d’écrire. Je suis allé dans la maison de l’Amant à Sadec, à quelques heures de Saigon, la fameuse Maison bleue. J’aimerais vendre autant de livres que Marc Lévy… J’ai essayé de lire Lévy. Comme Musso d’ailleurs. Mais je n’y arrive pas.