23
mai
2017

Genève Home Information

Formation contre les dérapages

Yves Patrick Delachaux arme la police genevoise contre le racisme.

Christine Zaugg

Genève Home Information

Un policier publie: «Présumé non coupable, des flics contre le racisme».
L’ouvrage remet en question une formation policière trop souvent axée sur les préjugés. Sont concernés; les policiers, douaniers gardiens de prison et employés de l’immigration.

Les préjugés sont majoritairement à l’origine de pratiques discriminatoires de la police à l’encontre de personnes de couleurs ou d’ethnies différentes.
Yves Patrick Delachaux, policier et formateur, publie un livre démontrant le mécanisme inhérent aux actes de racisme.

Dérapages
Ce n’est pas d’aujourd’hui que la presse dénonce des dérapages policiers. Des arrestations mouvementées, à la vue de tous, des citoyens indignés par l’interpellation de gens de couleur. «La police dérape!» titrent les médias. «La police est raciste!» scande une frange de la population.

Préjugés dénoncés
En France, la banlieue se défend en embrasant les cités. En Suisse, un policier écrit un livre pour expliquer le mécanisme du racisme mais aussi la remise en question nécessaire de chacun d’entre nous où les préjugés dominent encore trop. «L’Arabe ment, l’Asiatique est soumis, l’Africain deale», voilà en résumé le fil conducteur qui gangrène de trop nombreuses représentations. Mais le policier qui fait une rafle dans le monde de la drogue, immanquablement devra contrôler des suspects de couleur. C’est normal, il fait son boulot. Alors où est la limite?

Formation indispensable
«La prévention et le combat contre le racisme doivent passer par la formation et le management des ressources humaines». Par ces mots, le sous-brigadier Yves Patrick Delachaux remet en question le profond malaise de ne pas être compris, des douaniers et des employés de l’immigration.
«Comment est-il possible qu’il y ait des dérapages lors d’interpellations, de gardes à vue, mais aussi pourquoi des personnes migrantes se voient-elles refuser l’enregistrement d’une plainte?» C’est sur cette base que le sous-brigadier, pilote de programme d’éthiques et de droit de l’homme, fournit des clés pour comprendre les limites et les enjeux de la force publique, notamment lorsqu’il y a conflit avec une population étrangère

46 recommandations
Après avoir écrit en 2005 un mémoire sur le système de formation dans les corps de police, le sous-brigadier publie un livre qui donne des recettes en 46 points. «Présumé non coupable, des flics contre le racisme» fait des propositions politiques qui remettent le management policier. Parmi elles, on relèvera entre autre celle qui demande d’établir pourquoi un agent privilégie cette action plutôt qu’une autre. Le livre explique aussi le malaise au sein de la corporation; le désintérêt pour ce métier où le taux de suicide élevé, notamment chez les gendarmes.

Remède contre le racisme
Le mot est lâché: «la police est trop souvent accusée d’être raciste», poursuit Yves Patrick Delachaux.
«Pourtant, la plupart des pandores se défendent qu’ils font leur boulot, qu’ils agissent de la même manière avec n’importe quel irascible citoyen. On ne peut plus se contenter d’une formation de douze mois basique, puis ensuite envoyer une recrue parfaire son métier uniquement en suivant un «ancien», qui va parfois lui transmettre des préjugés».

Une formation pour désamorcer les conflits est donc au goût du jour et les prémisses en sont déjà enseignées à Genève.

Romancier et formateur
Yves Patrick Delachaux s’est connaître du grand public en 2003 avec «Flic de quartier» , un «policier romancé» où l’on découvre les Pâquis vu par l’œil averti d’un gendarme.
Yves Patrick Delachaux est aussi apparu dans le documentaire «Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs» en 2001 sur le travail de flic de quartier. Il a collaboré avec son collègue Alain Devegney – aujourd’hui à la tête du syndicat de la police – dans la médiation inédite entre police et communautés étrangères.
En 2005, il publie un mémoire universitaire sur les dérapages policiers et la problématique de la formation, mémoire qui a servi de squelette à son dernier ouvrage, écrit en collaboration avec Valérie Solano.
Il a aussi publié en 2005 un second roman «Flic à Bangkok», une aventure qui rend hommage à tous ces flics en mission à l’étranger.