23
mai
2017

Paris Match

Le racisme n’est pas une fatalité !

Le policier, romancier et formateur genevois Yves Patrick Delachaux s’est intéressé à ces questions dans son dernier essai: «Présumé non coupable, des flics contre le racisme».

Odile Habel

Paris Match

Après «Flic à Bangkok», votre deuxième roman, vous revenez à un sujet d’actualité et de réflexion dans «Présumé non coupable, des flics contre le racisme». Pourquoi ?
En fait, je renoue avec un sujet qui me tient à cœur et que j’avais déjà abordé avec le documentaire d’Ursula Meier «Pas les flics pas les noirs pas les blancs». Ce livre m’a été commandé il y a un an par Valérie Solano, une amie, suite aux articles que j’avais publiés sur le sujet et qui incluaient mon approche de policier patrouilleur, confronté aux réalités du terrain. Je crois que la police, en Europe comme en Suisse, est à un moment charnière. Elle cherche de nouvelles pistes entre le tout répressif et le travail de proximité, plus précisément de résolution des conflits sociaux et de sécurité.

Selon vous, les accusations de racisme ou de discrimination faites à la police genevoise sont-elles justifiées ?
Très sincèrement, non. Je ne connais pas de policiers racistes. Par contre. Les risques de tendre vers des préjugés négatifs sont bien réels. Dans ce cas, je connais des policiers désabusés, oui. L’important est de pas laisser le policer s’enfermer dans un schéma du style «c’est toujours les mêmes qui posent problèmes». On n’entre pas dans la police parce qu’on est raciste, mais c’est souvent la réalité émotionnelle et quotidienne du métier qui conduit à agir de manière discriminante.

On a tout de même l’impression que le délit de sale gueule est une réalité, lors des contrôles d’identité notamment.
Ce n’est pas le cas à partir du moment où le contrôle répond à des données objectives. Si l’on prend l’exemple d’un contrôle d’identité, celui-ci doit être basé sur des indices et non pas sur une prétendues expérience des policiers qui inciterait à systématiquement contrôler telle ou telle catégorie de personnes. La police peut contrôler ou retenir quelqu’un, mais nous sommes dans un état de droit et elle doit être en mesure de rendre des comptes, d’expliquer et de justifier ses choix. Il faut aussi faire un effort sur la communication. Si une mère appelle pour savoir pourquoi son fils a été contrôlé, la police doit lui fournir une explication et non pas, comme c’est parfois le cas, se limiter à lui répondre « C’est comme ça ! Et qu’est-ce que votre fils faisait dehors à cette heure ? »

Comment peut-on changer les choses ?
Je propose plusieurs pistes dans mon livre, mais l’une des plus importantes est de mettre en place un véritable management en ressources humaines. Aujourd’hui, la plupart du temps, le management se limite à l’urgence. Les cadres doivent avoir d’autres moyens, des stratégies à long terme. L’homme est notre premier capital, il faut le valoriser. Il est aussi important d’établir des grilles de lecture des incidents critiques afin d’agir sur les événements futurs. Dans la police, nous avons de la peine à capitaliser l’expérience et à la valoriser.

Il n’y a quasiment pas de policiers issus de l’immigration dans la police genevoise pourquoi ?
C’est de moins en moins vrai. L’entrée du premier policier noir dans la police date de 1975. Mais depuis quinze ans que je suis policier, je peux affirmer que je n’ai pas vu de refus pour raisons ethniques. La police n’a pas bénéficié d’action de discrimination positive, ce qui explique sûrement en grande partie cette situation, mais les choses changent. Dans les deux dernières volées de policiers, il y avait beaucoup de jeunes d’origine slave, latino-américaine et quelque uns de continent africain. De manière générale, la police est de plus en plus attractive pour les jeunes. D’ailleurs, on cherche à engager !