Un poste de police mobile pour les sans-abris

Le Matin – Valérie Duby

poste de police mobile le matin

On appelle cela l’ironie du sort. Le premier véhicule conçu comme poste de police mobile sur roulettes a été vendu au Grand-Lancy (GE) à la Virgule, une association pour l’accueil des sans-abri.
Les concepteurs de ce module «révolutionnaire» ne se laissent pas démonter pour autant. Au contraire. «Notre concept permet un usage multiple. Maintenant, nous possédons, en vrai, une sorte de villa témoin», s’enthousiasme Yves Patrick Delachaux, ancien policier genevois, écrivain, associé dans l’aventure avec Frédéric Maillard, analyste et prévisionniste de polices, et Thomas Büchi, ingénieur et maître charpentier à l’origine, notamment, du Refuge du Goûter au Mont-Blanc.

Car le projet initial du triumvirat est bien un poste de police ambulant. PolProxMobile – c’est son nom–est né il ya quatre ans.
«Ce sont les policiers eux-mêmes qui nous ont expliqué leurs besoins de se trouver au cœur de la ville, plutôt que de devoir rester au bureau accomplir des tâches administratives», explique Frédéric Maillard.
D’où l’idée de transporter facilement un édifice (qui se tracte avec un 4×4) au cœur de la cité, de le déplacer au besoin en fonction des interventions de police.
«C’est un véritable défi de sécurité urbaine, le contraire d’un commissariat actuel peu accueillant et bunkérisé, ajoute Yves Patrick Delachaux. Il permet de repenser les opérations policières. Généralement, la police patrouille, puis repart. Là, elle peut rester un certain laps de temps sur place, être visible».

Normes européennes

High-tech mais chaleureux, en bois des forêts vaudoise et fribourgeoise, le module aux normes européennes est disponible en cinq variantes, pouvant atteindre 10 mètres de haut.
«Il se déplie comme une grue et est monté en une heure avec l’informatique et ses extensions latérales», explique Thomas Büchi. Le trio travaille en ce moment avec une dizaine de municipalités, notamment Morges, Zurich et Veyrier. Mais rien de concret à ce jour.
En ces périodes de restrictions budgétaires, le coût – de CHF 150’000.– à CHF 350’000.– peut paraître rédhibitoire.
«Ce n’est pas une cabane de chantier ni un bunker en béton sur roues», répond Thomas Büchi.
«Les spécialistes trouvent que ce n’est pas cher», ajoute Frédéric Maillard.
Et Yves Patrick Delachaux d’enfoncer le clou: «Et puis on peut le recycler en bibliothèque par exemple!».

Genève intéressé mais…

A Genève, le conseiller administratif en charge de la police municipale, Guillaume Barazzone, trouve que «l’idée est intéressante et mérite d’être étudiée. Il faut que cela réponde à un besoin avéré, ce qui pourrait être le cas lors de certaines manifestations. Mais cela ne doit pas remplacer les postes de police dans les quartiers.»
Au niveau cantonal, le conseiller d’Etat Pierre Maudet estime l’idée «bonne sur le principe. Je suis favorable à ce que la police aille à la rencontre des gens. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions. A effectifs constants, cela ne serait pas possible, cela mobiliserait trop de ressources que nous serions con- traints de prélever de la rue. Cela irait à l’encontre de l’objectif. Si cela devait se préciser, il nous faudrait alors nous concerter avec différents interlocuteurs, notamment les partenaires sociaux, les gardes-frontière et les agents de la police municipale».