Une nouvelle police de proximité contre la petite délinquance. Genève pourrait s’inspirer du modèle canadien?

La Tribune de Genève – Valérie Duby

On a peu craindre qu’elle ne disparaisse. Mais la police de proximité vivra. Mieux, elle semble appelée à se développer. En juin dernier, un séminaire, intitulé Proxipol, s’est penché sur la question suivante: «Quelle police de proximité pour Genève?», sachant que cette fameuse police doit répondre à un triple phénomène. L’augmentation de la petite délinquance, l’apparition des incivilités et l’augmentation d’un sentiment général d’insécurité. La volonté de la hiérarchie de la police genevoise est claire: il ne s’agit pas de bricoler mais d’inscrire la police de proximité dans le long terme. Toutefois, il est nécessaire, aussi, d’intégrer les contraintes existantes dans le corps de police genevois, à savoir le budget et les effectifs.
Il y a quelques semaines, un sondage a été lancé auprès de la population afin d’orienter au mieux le concept. Les résultats seront examinés par l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne. Analyses et recommandations doivent être livrées le mois prochain. En attendant, la police genevoise peut d’ores et déjà s’inspirer de ce qui se fait dans d’autres pays, notamment en Belgique et au Canada, contrées apparemment très en avance sur ce sujet.

Il y a quelques jours, le chef de la police, Urs Rechsteiner, a pu s’entretenir avec Maurice Chalom, docteur en sociologie de la formation, licencié en psychologie éducation, employé du Service de police de la ville de Montréal pendant treize ans et demi. Un poste de conseiller senior. Un grand titre pour cet électron libre comme il se définit lui-même, une mission d’avant-garde qui a conduit à de nombreuses réformes en matière de police, notamment de police de proximité et de prévention des violences urbaines.

Invité du congrès Metropolis, organisé notamment par le Bureau de l’Intégration, Maurice Chalom, 50 ans, a pris un peu de son temps pour nous recevoir. Né à Paris, installé depuis des années à Montréal, il n’a pas pour autant hérité de l’accent chantant du Québec. Un détail, et des origines juives, qui lui ont d’ailleurs parfois été reprochés sur le terrain… Début septembre, Maurice Chalom a changé d’affectation: il est aujourd’hui attaché à la direction des affaires interculturelles de la ville de Montréal.

Qu’êtes-vous venu faire à Genève?
J’étais invité au congrès Metropolis, organisé par le Forum suisse pour l’étude des migrants et de la population, l’organisation internationale pour les migrations et le Bureau de l’Intégration. J’ai également visité des commissariats et suis venu donner une conférence (Y.-P Delachaux: dans le cadre de l’atelier metropolis: La police un agent de socialisation? organisé par la police genevoise) à des policiers.

Existe-t-il des similitudes entre la police genevoise et celle de Montréal?
Bien sûr. Les deux sont des polices urbaines. Bien sûr, à Montréal, nous sommes davantage imprégnés des modes d’intervention américains. Les modèles ont été adaptés.

A Montréal, la police de proximité, que l’on appelle police communautaire, semble très en avance…
On imagine souvent qu’ailleurs c’est mieux… Nous pensons que certains corps de police canadiens (ou américains) sont nettement plus en avance que nous. Nous avons à offrir mais aussi à apprendre. Nous avons collaboré avec la Préfecture de police de Paris, aussi avec la police belge (Liège et Bruxelles) notamment.

De la théorie à la pratique, il y a un pas…

Manque de personnel, difficultés de recrutement, la police genevoise fait face actuellement à une crise d’identité. Avez-vous connu les mêmes problèmes outre-Atlantique?
A l’évidence. Le métier de policier attire moins. De ce que j’ai pu voir à Genève, la réforme de la police est en marche. Comme toute réforme, cela soulève des questions. Des inquiétudes quant au sentiment de devoir tout réapprendre, par exemple. Une résistance passive peut-être engendrée chez le policier. Ce qui est sûr, c’est que tout ne peut pas se faire d’un <coup!></coup!> Lorsque la réforme a débuté à Montréal, nous avons dû faire face au même type d’inquiétudes. Après avoir étudié le phénomène et été voir ce qui se faisait ailleurs, nous avons entrepris une réforme structurelle. Ainsi, avec le même nombre de policiers, nous avons redistribué l’effectif. Nous sommes ainsi passé de 23 à 49 commissariats. Ce qui induit naturellement davantage de présence policière. Il faut ajouter un point essentiel. Dès le début de la réflexion sur cette réforme, nous avons associé à la réflexion les syndicats de police, les élus, les institutions, les milieux associatifs, etc. Il ne faut pas se leurrer, la police ne peut pas tout faire. Elle n’est qu’un maillon d’une grande chaîne. En ce domaine, nous avons bien avancé.

Des exemples?
Je vais vous en donner un. Des femmes ressentaient un sentiment d’insécurité lorsqu’elles empruntaient le bus pour rentrer chez elles. Eh bien, nous avons fait des marches exploratoires. En clair, nous sommes allés voir sur le terrain. Avec des femmes mais aussi avec des policiers, des agents chargés de l’éclairage public. Ainsi sont nés les entre-deux arrêts [ Déposer les femmes entre-deux arrêts, à leur demande…] Ceci constitue un exemple parmi d’autres. Nous avons bien avancé mais il y a encore du chemin à parcourir…

Dans le film «Zero Tolerance», réalisé par Michka Saäl et diffusé lors du congrès Metropolis, Maurice Chalom se montre sévère. Et dresse un constat en demi-teinte. Si, pour lui, la réforme structurelle a été menée à bien, «on n’a pas réussi à changer la culture policière en treize ans et demi. La police reste une organisation qui travaille sur le ponctuel, la répression.»