SapinHaut, une bouffée d'air folk

Sapinhaut affiche 1974Je connais le producteur Pierre André Thiébaud depuis plusieurs années, d'ailleurs nous avons collaboré ensemble à des propositions de séries pour la télévision et un téléfilm. Aujourd'hui je suis très fier de présenter SapinHaut, une bouffée d'air folk. Une fois encore Pierre André m'a fait confiance et m'a demandé de participer avec lui au scénario de ce documentaire haut en couleurs, en riffs et délires soixante-huitards.


Film documentaire de Pierre-André Thibaud (2017), PCT Cinema, Suisse
Scénario Pierre-André Thiébaud & Patrick Delachaux

À travers le Valais des années 1970 et les quatre éditions du Festival de Sapinhaut, modeste et passionnée réplique valaisanne des grands rassemblements que furent Woodstock en 1969 ou l’île de Wight en 1970, le film jette un regard sur la génération du baby-boom, en lutte pour changer la vie, changer le monde, face à l’ordre établi et la morale rigide d’une société conservatrice étouffante, sur fond de haute conjoncture économique, de progrès technologiques et de tensions liées à la Guerre froide. Le documentaire s’ouvre sur une radieuse journée de retrouvailles à Sapinhaut, quarante ans après l’ultime édition du Festival. La caméra saisit l’émotion des vieux copains qui rigolent d’avoir tellement changé et qui regardent, entre émerveillement et nostalgie, des photos de l’époque. De là, au fil d’une 2CV remontant vallées et forêt comme on remonte le temps, le film collecte les souvenirs et récits des acteurs, témoins et contemporains du Festival. Il restitue, au-delà de la musique, l’esprit de communion joyeuse, de fête, de partage et d’utopies qui fleurit, éphémère, dans cette clairière de Robin des bois à l’acoustique exceptionnelle. Convoquant des images d’archives, le film éclaire aussi le contexte particulier dans lequel Sapinhaut a surgi : votation pour le droit à l’avortement, guerre contre la pollution au fluor dans la région de Martigny, implantation à Écône des catholiques traditionalistes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, intrusion du tourisme de masse avec la construction des stations de ski « champignons ». Sans tristesse ni complaisance, la puissance du documentaire est qu’il donne finalement à sentir ce qu’a été et ce qui demeure de « l’esprit de Sapinhaut », malgré les décennies et le rouleau-compresseur de l’Histoire et des illusions perdues : un souffle vivant, une aspiration à la liberté, qui interroge toujours, en passage de témoin, nos destins, nos rêves et nos valeurs face au monde qui vient.