31
mai
2017

Del Coronado

Certains l’aiment chaud…

Ça signifie que vous jouez cette musique très rapide… du jazz ? (Joe) Ouais. Et c’est très chaud ! (Sugar) J’imagine que certains l’aiment chaud. (Joe) Sur ce coup-ci j’vous écris de l’Orange avenue, Californie, Coronado Island. Plusieurs péripéties m’ont amené au sud de Los Angeles, à quelques vingt minutes de San Diego, au Nord, et Tijuana, Mexique, au Sud. J’ai quitté Hong-Kong il y a quelques heures. J’ai décroché de ma route avant de filer sous les tropiques. J’ai rendez-vous avec un agent artistique très intéressé par mes bouquins ; alors si je peux amener un peu de Genève à Hollywood… Bon, mécolle suis resté coi devant l’entrée du bâtiment. Me suis cru à Disneyland. Oui, j’apprends que Walt Disney s’est inspiré de ce bâtiment californien pour ses parcs. Je confirme, parfaitement répliqué. Je rentre, passe le porche, et découvre une splendeur, un intérieur magnifique fait de bois et de tentures, de plafonds hauts, de tapis lourds, de miroirs gigantesques et de coursives. Me trouve dans un film. Et c’est justement de cinéma dont je vais vous parler. Reprenons le dialogue que je vous ai imposé d’entrée de chronique. Ça ne vous évoque rien ? Souvenirs… 1959, le réalisateur, producteur et scénariste Billy Wilder à l’heureuse idée d’engager Marilyn Monroe, Jack Lemmon et Tony Curtis pour Some like it hot. Joséphine (Tony) et Daphné (Jack) se travestissent pour échapper à des gangsters. Ils rencontrent Sugar Kane (Marilyn), chanteuse de la troupe Sweet Sue and her society syncopators… Le film sort, ces trois « demoiselles » entrent dans la légende du cinéma, un classique du genre et une icône des mouvements gay américains dans les années 70. Aussi je file dans les couloirs ressentir le passé. J’suis groggy. Je rejoins mon agent sur les bords de la piscine. Même les cabines d’essayage font penser à un film hollywoodien. Tout autour des bourgeoises à chapeau et bikini se font bronzer la pilule en sirotant un cocktail servit par un garçon mexicain, se font badigeonner les flancs par un professeur de tennis ou de natation looké surfeur californien. Les messieurs sont au bar qui surplombe la magnifique plage, fument des cigares épais comme des bâtons de chaises et reluquent les maîtresses nageuses qui assurent la sécurité, en maillot rouge sang. Je repère mon bonhomme et m’installe à ses côtés, au comptoir. J’écoute à peine ses excuses bidons de n’avoir pas su négocier un contrat d’édition, et rêve à ce qu’avait bien dû ressentir l’écrivain Frank Baum quand en 1900 il s’était enfermé dans ce même hôtel pour écrire une œuvre majeur de la littérature pour enfant : Le Magicien d’Oz. Vous n’imaginez pas le nombre de célébrités venues dans ce lieu historique. N’hésitez pas de prendre une chambre, profitez du barbecue de poissons et fruits de mer, laissez-vous porter par les airs jazzy du pianiste. De mes souvenirs ressurgissent les derniers mots échangés entre Jack Lemmon et Joe E. Brown : Je ne peux pas avoir d’enfants (Jack). On peut en adopter (Joe). Tu ne comprends pas, Osgood, je suis un homme ! (Jack) Eh bien… personne n’est parfait ! (Joe)

Allan Le Français

Une trombine mes enfants ! Allan Le Français travaille depuis près de 60 ans à l’Hôtel Del Coronado comme portier d’ascenseur. Une vieille mécanique qui grince, mais qui a du charme. Du métal. Double porte. Des boutons laiton. Tous deux se confondent (Allan et l’ascenseur) tant ils sont marqués. J’observe mon bonhomme refermer la porte, la boucler, peser sur le 2ième étage. J’peux pas m’en empêcher je lui demande si je peux lui tirer le portrait. J’adore ce type. Une gueule sans âge dont nous voudrions tous qu’il soit notre grand-père. Trop chou ! Je lui pose plusieurs questions sur le temps qui passe. Et comme très souvent, ce genre de zèbre malicieux m’emballe dans des histoires pas croyables, en anglais et en français, et me fait le topo du tournage de Certains l’aiment chaud. Il y était forcément depuis le temps qu’il traîne dans ces couloirs. Quelques mots échangés et il me tend sa main pour un pourboire. Je suis généreux car un type pareil, qui doit travailler à son âge… ce n’est pas l’Amérique.

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