31
mai
2017

Venise

Je trépigne de vous écrire la ville, vous emmener avec moi, tant mes passions des voyages s’exaltent à Venise. Et, c’est bien ici qu’il nous faut s’égarer et se perde !

Vous connaissez mon goût du mystère et de la plume, j’ai une fois encore très envie de vous faire partager ces émotions, et vous amener dans l’une des Corti Sconte – cours secrètes – de la ville, réservée aux initiés de l’une des Confréries de la cité.

J’ai déposé mon sac en toile dans le quartier Dorsoduro, près de l’université, chez une amie rencontrée sur la route. Une magnifique vénitienne, cartomancienne, d’origine d’Afrique du nord. Elle a les yeux verts, est constamment couvertes de fichus colorés et bardée de bijoux clinquants. Il est bon de se reposer dans ses bras, sur sa poitrine.

Tout a été écrit de la Serenissima ; ses robes de pierres vénéto-byzantines, gothiques, Renaissance où baroque… découvertes de sous la Bautta – voile et tricorne noirs et masque blanc – qui charme la vieille Dame depuis ces siècles écoulés sous ses ponts. Aucune autre ville n’a fait couler autant d’encre. Encore que le mythe ne soit pas la réalité, mais qu’importe, je n’ai que ces quelques lignes pour vous faire apprécier les entrelacs dans lesquels l’écrivaine Donna Leon fait évoluer le commissaire Brunetti, que j’ai rencontré lors de l’une de mes enquêtes, dans le passé. Nous sommes allés au Harry’s bar, 1323 San Marco, au comptoir s’engueulaient Hemingway et Truman Capote, au coin les observait Corto Maltese. Je crois qu’ils en sont venus aux mains.

Enfin, nous allons éviter la Piazza pour découvrir le dédale des venelles, des cours et des placettes. Calle dell’Amor degli Amici, maison aux bas-reliefs taillés de griffons et de paons, Rio di San Polo, alors l’espace se dégage sur le Grand Canal, que je remonte jusqu’au Rialto. Le soleil brille sur le marbre et les facades ocre et roses. Une mouette figée sur l’un des piliers bleu et rouge où s’amarrent les gondoles, je ralentis pour ne pas l’effrayer. Des touristes anglaises sucent des gelati. Le pont est encombré. Je me laisse émerveiller par les boutiques. Je ferme les yeux un instant pour ressentir le courant d’air chargé de sel marin. La place San Bartolomero, la salizada del Fontego dei Tedeschi, je poursuis jusqu’au restaurant Fiaschetteria Toscana, peut-être le plus fréquenté par les Vénitiens, puis derrière l’église je prends la calletta Morosina, j’arrive corte Amadi, j’ai le cœur qui bat la chamade, quelques pas et je découvre la seconde cour, la corte Morosina, celle que Pratt avait croquée dans Fable de Venise, et pour faire rêver une génération d’aventuriers. Je me recueille. Les touristes chahutent là-bas, derrière les murs.

Je quitte cet antre magique par sous un porche qui mène à la corte del Million qui abritait la famille Marco Polo. Puis c’est le théâtre Malibran, je passe ponts et ruelles pour gagner la Fenice, qui sous aucun prétexte ne doit être évitée, tant l’Homme à du génie. Un chef d’œuvre de pierre, de bois, de tissus, de peintures, de sons et lumières ! Je m’agenouille. Je sens glisser une main dans la mienne, l’on me relève, je suis emporté, l’on me pousse sur un vaporetto. La Douane de mer, le palais Ducal. Le soleil se couche. Je suis poussé dans les salons de l’hôtel Danieli, Georges Sand, Musset, Balzac, Ruskin, Zola… se préparent pour le diner. Pierre Loti que j’avais laissé à Saigon me rejoint en me disant : « Venise qui vaut par elle seule qu’on vienne et qu’on admire. » Qui disait : « Voir Venise et mourir ? » Dumas ou Stendhal ?

PANTALONE, ce vieux marchand : C’est mon vieil ami de la Commedia dell’arte que j’ai rencontré dans les coulisses de la Fenice. Pantalone ! m’a-t-il reçu, je suis le personnage vénitien le plus connu, a-t-il ajouté en singeant une position de marionnette. Pantalone est un vieux marchand, parfois riche, parfois ruiné. Qu’importe ! C’est Pantalone. Un béret de laine, une veste rouge, un haut-de-chausses de la ceinture aux genoux, une épée, un mouchoir ou une bourse. Il a du panache avec son manteau noir, doublé de rouge, ses pieds chaussés de babouches à la turque avec les pointes recourbées. Je m’amuse de son masque qui met en évidence son nez crochu, ses sourcils broussailleux et sa barbichette pointue qu’il caresse du bout des doigts en me racontant des aventures plus foldingues les unes des autres. Ah ses Vénériens ! Bref, il vous faut venir au Carnaval pour rencontrer mon ami aux coins de rues, et n’oubliez certainement pas de saluer ma copine cartomancienne…

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