31
mai
2017

Paris

Qu’est-ce la Beat Generation ? La Beat Generation naît dans les années 50 aux États-Unis. Jack Kerouac, romancier, utilise ce terme pour décrire son cercle d’amis, notamment William Burroughs et Allen Ginsberg. Ils sont les précurseurs du mode de vie de la jeunesse des années 1960, qui a aussi bien inspiré les mouvements de mai 1968 en France, que la résistance à la guerre du Vietnam, ou les hippies de Woodstock, dont nous fêtons les 40 ans cette année. Le mot Beat renvoie en argot américain à l’idée d’être battu, écrasé. Kerouac va donner un nouveau sens : Être-à (Be-at). Ce qui signifie le battement du cœur, le tempo. Au XIXe le mot Beat désigne le vagabond voyageant clandestinement à bord des wagons de marchandises (comme Jack London l’a vécu et écrit), mais peu à peu ce mot a pris le sens que lui ont donné les jazzmen, dont Charlie Parker.

Ainsi Beat signifie une manière de vivre. Les œuvres majeurs à retenir, et à lire, sont : On The Road de Kerouac, Howl de Ginsberg et Le Festin nu de Burroughs. Mais attention aux cœurs fragiles, il s’agit de routes, drogues, sexe, alcools et visions psychédéliques. Les plus de 40 ans comprendront. Ils ont dansé à Woodstock. Les beatniks voulaient vivre à fond et sans tabous. Nous étions en pleine guerre froide.

« Quelque part sur le chemin on me tendrait la perle rare », écrivait Kerouac. C’est un peu pour ça que je voyage et que j’écris, c’est aussi pour ça que je partage mes observations. Nous allons suivre la route de San Francisco à New York, en passant par Salt Lake City, Cheyenne, Davenport, Chicago.

Tout d’abord, et ça va vous étonner, je vous traîne à Paris, à l’ancien hôtel Le Beat Hotel, aujourd’hui un 4 étoiles à l’enseigne Hôtel du Vieux Paris. Il trône toujours au 9 rue Gît-le-Cœur. Je pousse la porte et je rencontre Claude Odillard, la patronne, qui immédiatement me reconnaît comme un voyageur. On the road ! qu’elle me lâche. Je suis très bien accueilli, comme l’ensemble de sa clientèle, qui pour beaucoup sont nostalgiques de cette période, où c’était encore possible… de la magie… possible de voyager sans crainte, sauter dans le premier train ou suivre les Nationales jusqu’à Sarajevo, Istanbul, se laisser aspirer jusqu’à Kaboul, puis Ceylan.

Claude Odillard parle avec passion de Burroughs, sa chambre, ses livres, ses poèmes, de Kerouac, de Ginsberg et Orlovsky, rejoints par Corso, Cook, Beiles, Gysin. Des auteurs que je n’avais approchés que par les livres. Madame Odillard les fait vivre. J’ai si apprécié le cut-up, un genre littéraire expérimenté par Burroughs, où un texte se trouve découpé au hasard. Je prends quelques photos. Je discute. Je prends des notes. L’aventure se dessine : route, sexe, psychotropes, objection, hallucination… Quête. L’écrivain exalte. L’ancien flic est attentif. Le voyageur est impatient.

Je vous entraîne à l’aéroport Charles de Gaulle prendre le premier vol pour San Francisco. Et ce n’est pas rien, un autre Jack a grandi à Frisco : Jack London. Le vagabond des rails qui ouvre la voie à Kerouac. Aussi il y a tant de mouvements culturels qui sont sortis de cette ville.

Pourquoi j’ai choisi la Beat Generation ? J’observe la vie en société. Je suis intrigué par les transformations d’aujourd’hui, parfois le tout sécuritaire, la peur de l’autre, la globalisation des marchés, ainsi la décomposition des croyances des trente glorieuses, où encore le désastre écologique. Reste-t-il quelque chose des années beatniks, délires et croyances, société chimérique d’amour et de paix ? Lâchons prise et prenons la route ? Écrivons et rêvons de nouvelles pages d’histoires… littéraires.