31
mai
2017

Bangkok

Bangkok. Mégapole bétonnée. Des avenues et autoroutes sur plusieurs étages. Métros aériens. Buildings. Temples bouddhistes. Palais Impérial. Un flux continu de véhicules. Des trottoirs bondés. Je prends peur. Une anxiété grandissante. J’observe ce tumulte de l’intérieur du bus qui me mène à Kho San Road. Je débarque en état second. Trouve une chambre à 400 baths. Cellule de 12m2. Le lit touche les murs. Une douche par-dessus la cuvette des WC. Pas de fenêtres.

Je termine mon aventure dans les conditions les plus difficiles. Pas de luxe pour écrire. J’ai besoin d’être bousculé. Je reste un instant à observer mon sac de voyage qui commence sérieusement à fatiguer. J’observe mon visage dans le miroir… sérieusement fatigué. Saigon est à plus de deux mille kilomètres.

Je referme la porte derrière moi. Passe la réception. Il fait nuit. Il pleut. Ambiance à la Blade Runner… Je me fais embarquer par la foule. Kho San Road. Ça tournicote entre plusieurs ruelles interdites à la circulation. Enseignes lumineuses. Hôtels. Tatoueurs. Bars. Tripots. Marchands ambulants. Agences de voyages. Ce quartier fait oublier qu’il s’agit d’une des villes les plus grandes du monde. Je connais Bangkok. Bien. Très bien. J’y ai écrit mon second roman : Flic à Bangkok.

Je pense à mes collègues des stups avec qui j’avais enquêtés, les inspecteurs Chakkrit, Kraisak, Waewwai, Chammong, Somdhat et… Suriya. Je regrette la disparition du Capitaine Chan. Abattu ? Déserté ? Certains disent qu’il a rejoint les troupes du Colonel Céline à la frontière birmano-thaïlandaise. Décidément la vie réserve bien des mystères. C’est l’aventure. Et je suis en aventure.

Mon voyage prend fin. Trois mois à la recherche de mon porte-conteneur Saigon 5. Pourquoi l’ai-je en tête ? Un roman ? J’ai encore trop de proximité avec ce voyage pour l’écrire. Ça viendra ! Le voyage façonne lentement. Il remodèle assurément. J’ai observé, noté, gribouillé… vécu des émotions fortes que j’ai partagées avec vous. Reste l’angoisse de retranscrire les notes de mes nombreux cahiers. Le travail commence vraiment. C’est l’écriture !

Je traverse une avenue encombrée. Je m’approche du bord du Chao Praya. J’observe les klongs, ces voies d’eaux qui traversent Bangkok. Je m’installe à la terrasse d’un boui-boui du marché de nuit de Chakkrawat. Les odeurs pimentées des plats cuisinés dans les woks brinquebalants, installés sur des chariots à roulette, m’ouvrent l’appétit. Je commande un poulet citronnelle et une Singha. Je m’installe sur l’un des minuscules tabourets plastique. Je guette les noms des navires qui se croisent, au cas où… mais rien ! Un chalutier manœuvre.

Je revois mon premier jour à Saigon. Le port. Le Mékong. Les bureaux des anciennes Messageries maritimes. Alors seulement je comprends qu’il me faut boucler la boucle. Port de la Joliette. Marseille. Le départ des paquebots des Messageries maritimes. L’histoire de la navigation coloniale, comme l’a été celle de l’Aéropostale – Latécoère – à Toulouse.

Je suis déconcerté, je n’avais pas une seule fois pensé au départ. J’ai rencontré l’arrivée. Saigon. Il me faut Marseille. A tout prix. Je me perds dans les eaux sombres. Je m’appuie contre une rambarde. Je commence seulement à soulever le voile. Je dois éprouver pour écrire. Je vous ai emmené avec moi sur le terrain. Le Vietnam. Hong-Kong. Le Cambodge. La Thaïlande. Il me faut la France. Je prends l’avion demain.

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