31
mai
2017

Hué

Je vous ai laissé à Saigon. Je suis monté dans mon bus. Ben, mes enfants ! Trois jours de transports en communs pour rejoindre la Cité Impériale, Hué, à plus de mille kilomètres de la capitale du Sud. Pas rien ! Mal aux cervicales, jambes en compotes, fesses ankylosées. Je n’ai plus su comment me positionner. Une fois à gauche. Une fois à droite. Une fois debout. Une fois assis. La danse de Saint-Guy. Couché ? Pas possible, nous étions les uns par-dessus les autres. Comment font les vietnamiens pour rester assis, le dos droit, imperturbables ?

Le paysage est magnifique, il se décline en vert, émeraude, bleu, rouille, tacheté des couleurs chatoyantes des fleurs sauvages. Je laisse les pluies des moussons derrière moi, le ciel se dégage au fur et à mesure que nous remontons vers le Nord. Des rizières à perte de vue, délimitées géométriquement par des monticules de terre ou des haies de bambous. Les buffles noirs traînent les carrioles agricoles, ou se reposent dans les champs, enfoncés dans la boue jusqu’à mi-corps. Les paysans portent ce vêtement pratique, coton et col mao, et les chapeaux coniques en paille. Les enfants nus sautent dans les ruisseaux qui bordent les champs. Je m’évade. Je rêve à mes histoires d’écriture, à mon prochain coup de plume. Je rêve à monsieur Hoang, l’écrivain vietnamien chez qui j’ai rendez-vous.

Le temps passe. Je somnole. Nous sommes secoués par les nids-de-poules et les toussotements du moteur. Je ne compte plus les fois où notre chauffeur a ouvert le capot et farfouillé dans son moteur. Nous approchons de la mer. Le Vietnam, ce n’est pas moins de trois mille kilomètres de côtes. Des plages sauvages.

J’ai effectué un stop à Mui Né, une station balnéaire naissante. Ambiance postcommuniste à mettre le moral dans les chaussettes. Les Chinois achètent tout. Ils rasent les collines, nivellent le terrain, construisent des blocs de bétons. Les hôtels poussent comme des champignons. Ils sont décorés d’enseignes lumineuses calligraphiées, qui clignotent jour et nuit ; d’immenses baffles diffusent des musiques mièvres. Les quelques sites à découvrir alentours sont pris d’assauts par des centaines de touristes chinois qui n’ont que quarante minutes avant de remonter dans leur car climatisé.

Je rejoins mes routards. Repartis pour un tour. Des heures infernales. Une chaleur étouffante. Le bus évite les innombrables accidents de la route. Des motos dans le fossé. Des camions couchés sur le côté. Des voitures encastrées. Rien de très rassurant. Je zieute mes camarades de route, ils font comme moi, plantent les écouteurs de leur Ipod dans leurs oreilles et se concentrent sur le paysage.

Hué. Cité Impériale. La ville est étendue. Les avenues sont larges et couvertes d’arbres aux larges feuilles. Il apparaît immédiatement une certaine tranquillité. – Bonjour, me dit un vieux bonhomme, quand je descends du bus. Je suis monsieur Hoang, vous êtes monsieur Delachaux, le grand écrivain suisse ? Je corrige l’erreur commise. – Merci mais je ne suis pas un grand écrivain !Oh, me fait monsieur Hoang, en plus vous êtes modeste, il me faut vous présenter ma fille. Sur ce, je me tais…

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