31
mai
2017

Hué (suite)

Grrrr, le texte de mon écrivain vietnamien me sort par les oreilles. J’en peux plus ! Je n’avais jamais encore travaillé sur le texte de quelqu’un d’autre. Pourtant l’histoire est passionnante. M. Hoang a vécu une vie riche, terrible, tellement humaine. Je discute de chaque paragraphe, chaque point, et ça, huit heures par jours. Je suis aussi venu au Vietnam pour en baver sur l’histoire de cet écrivain, non ? Et il m’a fait un cadeau : la Cité Impériale de fond en comble, une merveille, malgré les quarante degrés Celsius.

M. Hoang m’a invité à la représentation d’Antigone, de notre tragédien grec préféré, Sophocle. J’ai eu le droit à tout : Antigone se réclame de la loi des Dieux, affronte Créon, la loi des hommes, etc. Bingo, quatre heures de spectacle… en vietnamien. J’y ai entravé que pouic ! Eh oui mes enfants, je vous laisse imaginer tout ce temps assis sur les pierres séculaires de la Cité Impériale, nuit tombante, éclairée jaunâtre, entouré d’un public émerveillé par le jeu magistral de comédiens venus spécialement de la capitale, Hanoï. Un bonheur, même que je ne savais plus comment me tortiller, j’avais les fesses « fourmillantes ». J’étais le seul européen, ma tête dépassait de dix bons centimètres, il a fallu alors que je me tienne à carreau. Sûr, un moment inoubliable de mon histoire de vie.

Les jours suivants je me suis évadé à Da Nang -l’ancienne Tourane française-, une ville aujourd’hui insignifiante en bord de mer. Mais à quelques kilomètres, il y a Phu Bài, la base militaire américaine, enfin l’ancienne base. Durant la guerre américano-vietnamienne les bombardiers B52 de l’US Air force décollaient d’ici pour nettoyer le paysage vietnamien, laotien et cambodgien, sans distinction des civils ou militaires, des femmes et enfants… C’est aussi cette région qui a été dévastée par les navires français, fin 19ème, que décrit Pierre Loti, alors lui-même officiers et en charge de l’offensive. – Mais les Français, me dit un vieux photographe, qui arpente la plage avec un appareil Leica aujourd’hui introuvable, ils nous ont au moins laissés des ponts, des bâtiments, une culture, ce qui n’est pas le cas des Américains !

Ça me fait quelque que chose de me trouver là. Je revois mes handicapés de Saigon. Un peu secoué je retourne chez M. Hoang pour travailler son texte, que je vois d’un autre œil maintenant. Je me fixe un point d’honneur : faire connaître sa vie, de vietnamien, d’homme et père de famille, qui a survécu à la colonie française, aux bombes américaines et au communisme, c’est vous dire…

Voilà, je ne vais pas tarder de monter dans un train pour Vung Tau – Cap Saint Jacques. Vingt-deux heures de rail pour 1200 kilomètres. Vung Tau est une presqu’île au sud de Saigon, qui avait vu les troupes françaises se rassembler pour retourner au pays après la déconfiture de Bien Bien Phu. Au Vietnam, il y a toujours une histoire malheureuse à raconter. Je vous embrasse, et sûr, la prochaine chronique sera plus joyeuse.

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