31
mai
2017

Marseille

Je suis à Marseille. Port de la Joliette. Je termine mon voyage. Je vous ai emmené en Asie du Sud-est à la recherche de mon prochain roman Saigon 5. J’avais en tête un fantastique porte-conteneur. J’ai suivi sa trace. Je ne l’ai pas trouvée. Qu’importe ! J’ai découvert des personnages improbables. J’ai observé des paysages fantastiques. J’ai savouré des plats étourdissants. J’ai navigué en eaux profondes. J’ai marché dans le sable. J’ai marché dans la jungle. J’ai grimpé les marches de temples mythiques. Je me suis faufilé entre les véhicules des avenues encombrées des villes de cette Asie ou à chaque instant tout peut arriver. Tout devient alors possible.

J’ai éprouvé mon écriture.

Fermez les yeux, laissez-vous porter. Port Saïd. Djibouti. Colombo. Singapore. Saigon. Connaissez-vous Marseille ? J’y suis à Quai. Je n’en avais pas l’idée, mais voilà ! Comme quoi les chemins de vie sont saisissants. C’est tant mieux !

Gardez encore les yeux fermés. Oui, Marseille se sent et s’écoute, plus qu’elle ne se lit. Je ne retrouve pas l’agitation de Saigon, mais… ça tourbillonne, ça s’exclame, ça gesticule. C’est différent. Simplement. Enfin, je ressens une immense émotion. La Joliette a permis aux Messageries maritimes d’embarquer des dizaines de milliers de passagers en direction de terres, pour beaucoup inconnues. Combien d’amants ?

De 1871 à 1914 la Compagnie connaît son âge d’or, elle s’est éteinte en 1971. Méditerranée. Mer Noire. Mer Rouge. Océan Indien. Mer de Chine. Pacifique. Je me trouve comme un gosse. Je romance. Ben, j’suis romancier. Alors pourquoi ce nœud dans la poitrine ? Cette envie de pleurer ? Il fait beau. Il fait chaud. Les jupes des filles sont courtes. Les accents sont chantants. Joie de vie méditerranéenne. Vrai aussi que je rentre en ayant quitté la police. Un boulot superbe. Une grande famille. Je m’interroge : Y a-t-il une famille d’écrivains ? Pourquoi ces questions ? Pourtant il n’y a rien à craindre… jamais.

Je jette un coup d’œil en arrière. Un scooter file à toute vitesse. Quai Lazaret. Quai de la Joliette. Quai de la Tourette. Vieux Port. J’observe les docks. Les grues. Les navires en partance. Alors que je suis de retour. Y a-t-il un ailleurs ?

J’ai suivi les routes des auteurs qui m’avaient fait rêver : Duras, Werth, Conrad, Malraux, Loti… J’ai le sentiment d’un devoir accompli. Mais toujours ce nœud dans la poitrine. Je sais qu’il s’agit de ma dernière chronique d’Asie. Vous m’avez lu. Je me sens un peu ridicule. Oui, ridicule avec mes histoires adolescentes. D’autant qu’à quelques brassées j’aperçois le château d’If d’où s’est échappé Edmond Dantes, Capitaine du Pharaon, amant de Mercredes. Brrr, je continue mes aventures !… Faut que je cesse ! Oui, j’ai du travail. Mon sac de voyage est rempli de cahiers notés, raturés, gribouillés, qu’il me faut déposer. Je dois trouver mes marques (de pages) et reconstruire les textes, donner du sens à l’histoire. Une chose est certaine. Un plaisir immense d’avoir ensemble parcouru ce bout de chemin. Avez-vous ressenti de l’ennui ? Oui peut-être, pardonnez-moi