31
mai
2017

Mui Né et Nha Trang

Sept heures ce matin. Saigon grouille de ses incessantes activités : transport de marchandises, découpage de viandes et poissons, installation des échoppes, fruits, légumes, les premières tables basses et tabourets en plastique aménagés sur les trottoirs sont occupés par les vietnamiens qui avalent une soupe matinale, des nouilles, fruits de mer et volaille. Il m’a fallu ces semaines pour remarquer que derrière l’agitation, ces gens sont tranquilles, sereins.

Les mototaxis et cyclopousses apostrophent les piétons, les écoliers en costume bleu sombre, chemise blanche et écharpe au couleur du lycée, filent derrière les grilles de leur établissement scolaire, surveillé par des gardiens assis derrière le bureau administratif installé dans une guérite bétonnée, qui ronchonnent sévèrement quand quelqu’un de non autorisé franchit l’entrée. J’en fais l’expérience. Mais cette fermeté est juste un protocole. Les gosses se précipitent. Les rangs sont rompus. Les gardiens sont hilares. Je prends mes photos, déséquilibré par les bousculades. Je suis tiré à l’intérieur du lycée. Je résiste. J’ai un bus à prendre.

Je file. Huit heures. Je grimpe à bord du véhicule qui mène à Mui Né et Nha Trang, sur la route de Hué, la Cité impériale. J’ai rendez vous avec un écrivain local. Nous sommes près de trente à nous allonger sur les sièges couchettes à étage. J’ai les pieds nus du passager arrière qui viennent me titiller les oreilles. Les pouces épais. Les ongles jaunâtres. J’allonge mes jambes. Mes baskets bousculent la tête du passager avant. Une bonne moitié des usagers sont des touristes baroudeurs. Les plus jeunes sortent un baladeur ou un Computeur, enclenchent un DVD.

Je sors un bouquin. Le chauffeur passe vers chacun de nous, poinçonne le ticket en le scrutant précautionneusement, compte et recompte les passagers et distribue des bouteilles d’eau plate. Il fait chaud. Le revêtement usé de mon siège colle à ma chemise. Surtout, il renvoie les odeurs de transpiration des passagers précédents. Ou alors est-ce le coussin glissé sous ma tête ?

C’est parti ! Ici un ronfleur, là une routarde transpirante en tongs. Un sac à dos qui valdingue. Quatre types, jambes croisées, jouent aux Dames en tirant sur leur clope. Un grand-père tient serré contre lui une sacoche. Une grand-mère tient un sachet plastique devant sa bouche.

Six heures de route. Enfin une pause dans un patelin et une station d’essence. Je sors éreinté. Trempé. J’ai l’impression que la chaleur extérieure est doublée. Les toilettes sont assiégées. Des femmes assises sur leurs talons proposent des boissons, leur visage illuminé d’un sourire, et sous deux parasols publicitaires, j’ai le choix d’acheter des oignons ou des noix de coco. A cet instant j’ai un nœud à l’estomac. Je n’avais pas mesuré comme Saigon était une grande ville. La transition avec Genève c’est faite finalement en douceur. Mais là, me retrouver seul. Je mesure l’éloignement. Me sera-t-il possible d’écrire le texte pour lequel je suis venu ? Je commence à avoir la trouille… celle de me perdre.

Mui_ne_001
Mui_ne_002
Mui_ne_003
Mui_ne_004
Mui_ne_005
Mui_ne_006
Mui_ne_007
Mui_ne_008