31
mai
2017

Saigon

Les pneus touchent le sol. Ça branle. L’avion s’immobilise. Concert de cliquetis de ceintures. Je quitte mon siège. Salue ma voisine, une Française, rouquine, ravissante, étudiante en lettres. Mon voyage se présente plutôt bien. Nous avons échangé sur la littérature vietnamienne.

38 degrés de saison qui me giflent le visage. Faut reprendre son souffle. Le flic de la police frontière transpire dans son uniforme vert olive. Il est sec comme une trique, le visage fermé. Visa. Bagages. Douane. Je foule enfin le sol du Vietnam. Saigon. Mythique.

Ça grouille! Le parking est pris d’assaut. Ça pétarade! Des scooters Honda filent par dizaines de chaque côté de mon taxi bleu azur. Des centaines encombrent les carrefours. De gigantesques panneaux publicitaires illuminent le ciel gris. Nuages gorgés d’eau. Les bâtiments bétonnés, ocre, rouge, jaune, vert, s’élèvent comme des colonnes. Les fenêtres sont grillagées. Les traces de rouilles me rappellent que le taux d’humidité est exceptionnel. Le long des avenues s’alignent les arbres hauts comme des immeubles de six étages. Un coin de rue, une terrasse française. Les piétons croisent les vélos, les motos les voitures, les cyclo-pousses les carrioles de marchandises. Mon taxi freine brusquement, il bouscule une jeune fille sur une moto. Elle valdingue et s’étend au milieu de la route. Des dizaines de motards la contournent. Je n’ai que le temps de me retourner, observer la scène par la lucarne arrière, que déjà l’on s’éloigne.

La voiture s’engage dans une ruelle pas très large. Sombre. Couvert de tôles métalliques. Il se met à pleuvoir. Tropical. Mon chauffeur m’observe dans le rétroviseur intérieur. J’espère qu’il ne m’entourloupe pas. Il sourit. Me désigne l’hôtel Bi-Saigon. Nous sommes au cœur du quartier routard: Pham Ngu Lao.

Je pousse la porte de la chambre. Les pâles du ventilateur ronronnent. Je jette mon sac sur le lit. Pousse les persiennes. Les toits se multiplient à perte de vue. Que fais-je à plus de 10’000 kilomètres de Genève? Un arrêt sur image. Messageries Maritimes. Lors de l’un de mes précédents voyages j’avais aperçu dans le port un porte-conteneurs fantomatique. Le romancier qui sommeille s’est éveillé. J’y respire déjà du fantastique et de l’imprévu. Devant moi dix semaines de vadrouilles et de rencontres, fortuites mais attendues. Qu’en sais-je? Qu’est-ce la vie que nous menons? Ce rythme? C’est pourquoi je chronique ce temps qui s’écoule, hors des sentiers battus. Je prête mes yeux et ma plume. Qu’en ressortira-t-il? Faut voir. Je suis inquiet. L’écrivain est inquiet.

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