31
mai
2017

Vung Tau

J’ai une feuille de route de la capitainerie du port de Saigon, mon porte-conteneur Saigon 5 doit se trouver à Hong Kong. Je file chez Vietnam Airlines pour un billet. Il me faut Hong Kong… à tout prix. Ecrire c’est voyager ! Je dis ça, en même temps je relis Duras : « Je peux dire ce que je veux, je ne trouverai jamais pourquoi on écrit et comment on écrit. » J’en prends note, merci madame, moi qui n’a pas le moral au beau fixe ces jours. Je m’interroge sur les raisons qui me font courir des milliers de kilomètres pour l’écriture de mon prochain roman ?

Ne vous ai-je dis que le Vietnam c’est le pays du vélo. Des vélos sans âges. Ça pédale. Ça se faufile. Ils sont capables de charger leur cycle de façon incroyable. Des sacs de victuaille. Des meubles. Des paniers. Des fagots. Du gibier. Du poisson. Des balles de noix de coco. Les routes de campagne sont poussiéreuses de sable rouge, il n’est pas extraordinaire d’apercevoir une femme vêtue du ao dai – la tunique traditionnelle fendue sur les côtés qui recouvre un pantalon – pédaler doucement, en tenant un parapluie pour se protéger du soleil.

Me voici à Vung Tau la station balnéaire des riches saïgonnais. J’ai choisi l’aéroglisseur pour le plaisir de naviguer une fois encore sur la rivière Saigon, passer les mangroves, les villages sur pilotis, les embarcations, et alors accoster la péninsule. Des dizaines de bateaux de pêches mouillent dans le port. Sur les collines les maisons se disputent les plus belles colonnades, verrières, toitures. C’est pour le côté des riches propriétaires. Côté locaux, pêcheurs et commerçants, je retrouve les maisonnettes, toits de tôle et murs en béton. Sur la plage les parasols sont vieillots, les familles entassées. Une foule de vendeurs poussent leur carriole de marchandises en faisant sonner une clochette. Des vendeuses supportent une tige de bambou, qui se balance au rythme de leurs pas, à laquelle sont fixés aux extrémités les poissons et fruits de mer, ainsi qu’un réchaud à charbon.

Je mange un crabe les pieds dans le sable. Le coup d’œil est paradisiaque, mais faut pas s’attendre à que ce soit propre. La plage est passablement couverte de détritus et de restes de nourriture. L’eau est huileuse, opaque, mélangée d’algues et sachets plastique. J’observe à l’horizon les plates-formes maritimes de forage et les bateaux-citernes, et me dis qu’il doit y avoir un certain nombre de dégazages sauvages.

Je suis bousculé par des familles souriantes qui s’interrogent sur la venue impromptue de cet étranger qui griffe un cahier. Nous engageons la discut’. Les enfants me tournent autour. Une femme s’approche, me caresse le visage en riant. Elle borborygme, puis tire les poils de ma barbe. Le groupe qui m’entoure part en éclat de rire. Je ris avec eux.

Ce jour-là j’ai fini la nuit sur la plage, sous un ciel étoilé, mangeant l’énième morceau de calamar préparé par mes nouveaux amis et filant l’énième bière 333.

Vung_tau_01
Vung_tau_02
Vung_tau_03
Vung_tau_04
Vung_tau_05