29
juin
2017

Genève Home Information

Après avoir raconté la vie des Pâquis, il s’inspire aujourd’hui des routes d’Indochine…

Flic de quartier et baroudeur, Yves Patrick Delachaux, en désaccord avec la gestion de la police genevoise, a démissionné. Il prend son balluchon pour explorer l’Asie du Sud-Est.

Christine Zaugg

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«Un flic s’arme contre le racisme». C’est par ce titre que GHI présentait Yves Patrick Delachaux lorsque l’année dernière il avait réussi à introduire à la police une formation pour désamorcer les conflits, mais surtout d’essayer d’éviter des dérapages. Le conseiller d’Etat Laurent Moutinot avait applaudi la démarche, et même félicité la publication de son livre Présumé non coupable, des flics contre le racisme (Delachaux,2007). A ce moment, c’était carrément la gloire, le policier formateur s’était attelé à faire évoluer la Grande maison!

Patatra
«La formation policière francophone n’a pas changé d’un iota depuis Napoléon, relevait-il. Il va donc falloir faire beaucoup de travail pour que celle-ci évolue et s’adapte à la criminalité d’aujourd’hui. Ce n’est qu’alors que l’on pourra éviter des dérapages. Exemple éloquent: lorsqu’un toxicomane va déposer plainte parce qu’on lui a volé son vélo, il peut se voir renvoyé dans ses pénates… Chose qui ne se fera pas si c’est monsieur et madame tout le monde qui se plaignent du même délit!»

Beaucoup de conviction, mais finalement le soufflet est tombé rapidement, en un temps trois mouvements il découvre que ses cours ont été rayés du programme…

A 42 ans, le sous-brigadier de gendarmerie, romancier, formateur contre le racisme et premier îlotier a préféré donner son sac.

Sans l’uniforme
«Ben v’là je prends mes clics et mes claques. J’ai déposé mon uniforme. Non sans pincements. Il y a quelques années je vous ai livré ce que j’ai observé dans le quartier des Pâquis. Ô quel quartier! Puis je vous ai livré une aventure entre jungle urbaine, Bangkok, et Triangle d’or. Après quoi je vous ai livré mes réflexions sur les dangers du racisme. Je m’étais permis de penser que le policier, dans un état de droit, est le premier défenseur des Droits humains. Et maintenant, je file sur les routes de cette Indochine disparue et parfois fantasmée. Il y a eu Werth, Duras, Malraux, Conrad… et j’en oublie. Ils ont écrit. Ils ont témoigné. Ils ont résisté. Ils ont questionné. Ils ont dérangé. Ils ont transformé. Ça m’intrigue! Respect! Alors je quitte la police genevoise pour me pencher sur ce processus de l’écrit et du voyage. J’ai publié mon premier roman – Flic de Quartier – il y a maintenant cinq ans. Et l’écrit isole son auteur. Mais je martèle: il nous faut préparer ensemble l’avenir, se mettre au travail, communiquer, rechercher des compétences extérieures. Il nous faut être audacieux. Il nous faut créer. Les nouveaux enjeux de la sécurité l’exigent dans une Europe qui se complexifie. Pour mes collègues qui parfois souffrent, fatigués, humiliés, qui voient la vie sans filtres, mais aussi pour le citoyen qui compte sur une police novatrice et de proximité.»

Yves Patrick Delachaux raconte sa première escale à Bangkok :

Que vais-je faire? Alors que vais-je faire à plus de 6000 kilomètres? Témoigner? Ecrire? M’éloigner pour mieux observer? Réfléchir? Me poser? Si vous le voulez bien je vous emmène avec moi sur les pistes, les vestiges, la pauvreté et l’authenticité, mais encore la modernité de quelques villes dingues et grouillantes… asiatiques. Un arrêt sur image. Lors de l’un de mes précédents voyages j’avais aperçu dans le port de Saigon, ville de tous les trafics, un porte-conteneurs fantomatique. Le romancier qui sommeille s’est éveillé. Je pars à sa recherche. J’y respire déjà du fantastique et de l’imprévu. Alors, vous me suivez? Dix semaines de vadrouilles et de rencontres, fortuites mais attendues. Qu’en sais-je? Je réflexionne aussi. Un peu. Qu’est-ce la vie que nous menons? Ce rythme? Alors je chronique ce temps qui s’écoule, hors des sentiers battus. Je prête mes yeux et ma plume. Qu’en ressortira-t-il? Faut voir. Je suis inquiet. L’écrivain est inquiet. Mais finalement nous ne risquons rien, rien du tout…»