29
juin
2017

Le Matin

Carla Del Ponte inspire la TV

L’ancienne procureure de la Confédération sert de modèle à l’héroïne de «Schengen», qui traque les trafiquants d’êtres humains.

Valérie Duby

Europol, Office européen de la police, à Genève. Le boss est une femme. Une procureure. Son nom? Carla Da Valle. Voix rauque, cheveux blancs coupés courts, elle a été procureure de la Confédération, puis auprès du Tribunal pénal international, spécialisée dans la traque des criminels de guerre. Cette «femme de poigne» vous rappelle quelqu’un? Vous l’avez bien sûr reconnue: Carla Del Ponte. La Tessinoise inspire le scénario d’une fiction intitulée «Schengen». «Nous travaillons depuis l’an dernier au scénario», explique Patrick Delachaux, ancien policier suisse, essayiste et auteur de romans.
«J’ai été contacté par Gérard Carré (ndlr: scénariste, entre autres, de «Commissaire Moulin») et Laurent Herbiet (ndlr: réalisateur et scénariste). Ils m’apprennent le métier et ce ne sont pas des manches!» poursuit celui qui œuvre aussi à l’écriture d’une fiction pour la TSR. L’histoire d’un flic qui abandonne sa profession pour reprendre une ferme en Suisse romande. Mais revenons à «Schengen», à cette Europe sans frontière, qui profite si bien aux réseaux mafieux en tout genre.

Prostituées «pucées»
La prébible de «Schengen» nous raconte la descente aux enfers de Mila, de Nikolina et de Zina, trois jeunes femmes originaires d’Europe de l’Est qui se retrouvent dans la prostitution à Paris, Berlin, Rome, Amsterdam ou Barcelone. Déplacées régulièrement d’une capitale à l’autre par des réseaux mafieux, elles échappent aux polices nationales. La mission des policiers d’Europol? Etablir une cartographie du trafic européen de la prostitution en pistant ces filles grâce à la puce qui leur a été implantée dans le corps (à leur insu) par un indic de la police et, bien entendu, remonter les réseaux jusqu’à «la tête du ténia».

Un certain Bruggisser comme mafieux
Dans «Schengen», les têtes de pont de l’organisation mafieuse se trouvent au centre névralgique de l’Europe: la Suisse. A Bâle, à Zurich et… à Genève, dans un immeuble de verre à quelques rues du siège d’Europol. «Je verrais bien comme décor le quartier des banques», sourit Patrick Delachaux.
Au sommet de cette organisation criminelle, face à madame la procureure Carla Da Valle, un certain Martin Bruggisser, 65 ans. Ce juriste zurichois a dirigé plusieurs banques suisses avant de créer son propre cabinet d’avocats. Le nom de Bruggisser vous rappelle quelque chose, ou peut-être quelqu’un? Réponse de Patrick Delachaux: «Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n’est que pure coïncidence.»
L’originalité de cette fiction? Elle réside dans le fait que sur la base d’une bible commune, chaque pays européen concerné puisse s’occuper de la réalisation, de la production et même du casting des rôles secondaires. «C’est tout à fait novateur», explique Patrick Delachaux. Bien sûr, les personnages récurrents (les flics d’Europol, la procureure et les mafieux) sont campés par les mêmes acteurs. Le souhait des trois scénaristes? Que le même soir, une chaîne de télévision de chaque pays de l’Union européenne diffuse simultanément deux épisodes de «Schengen».

Le casting idéal de Patrick Delachaux
La procureure Patrick Delachaux verrait bien une Isabelle Nanty. «En tailleur strict, elle peut foutre la trouille!»
Martin Bruggisser «J’imagine assez un Thierry Frémont ou alors un Bruno Madinier dans le rôle.»
Femme flic «Je verrais bien Zabou Breitman – avec qui j’ai voyagé entre Paris et Genève – dans ce rôle.»
Un flic «J’aimerais assez Clovis Cornillac, Alain Figlarz ou encore Gilles Lellouche pour interpréter l’un des policiers.»

Le flic devenu écrivain
Le sous-brigadier Delachaux a démissionné de la police genevoise il y a trois ans, à l’âge de 42 ans. «Je pars parce que je refuse de me taire: les policiers souffrent», déclare-t-il en mars 2008 au «Matin». Expert en droit humain, licencié en sciences de l’éducation, Patrick Delachaux a déjà écrit à l’époque «Flic de quartier», les aventures de Patrick, un gendarme qui tourne dans le quartier chaud d’une grande ville, arbitre les bisbilles de voisinage et dépanne la copine prostituée. C’est le premier tome d’une série de trois bouquins, dont le dernier, «Grave panique», vient de sortir aux Editions Zoé. «Grave panique» est la véritable histoire de l’une des dernières missions du policier Delachaux. Elle nous plonge dans une France secouée par les émeutes en 2009. Témoin du fossé qui se creuse entre la police et la population, Patrick nous entraîne dans le sillage de bandes de jeunes Français et dans l’univers d’un commissariat. Et il constate que son métier de flic de banlieue disparaît pour ne laisser place qu’au seul maintien de l’ordre, à une police qui se comporte comme une armée d’occupation.