29
juin
2017

Genève Home Information

Yves- Patrick Delachaux publie son premier roman

Le roman de Yves- Patrick Delachaux parle de son travail dans la rue où l’émotion et les tranches de vie sont le… revers du képi! Pour la première fois, on peut lire une autofiction qui n’est pas un pur polar, mais le témoignage d’un flic… de quartier.

Christine Zaugg

« Flic de quartier; c’est une profession qui ne permet pas de baisser la garde ( . . . ) Attaqué de toute part, tu as quelquefois le sentiment d’ être un golem (nd1r:un mot hébreux signifiant masse informe, embryon, automate à formes humaines), artificiel et sans parole. Tu es définitivement perdu si tu craques. L’erreur est impardonnable. Une secrétaire efface ses erreurs au liquide correcteur; le flic de quartier n’efface rien (…)  »

Revers du képi
Etre flic: une profession où l’on est sous les feux de l’action. Qu’il soit gendarme ou inspecteur, le grand public, souvent une image tronquée de ce personnage. Sans doute parce qu’on ne voit que son aspect extérieur, lorsqu’il endosse par exemple l’uniforme « anti-émeute », armé d’une matraque, lorsque du haut de son képi il est appelé à calmer des disputes. Mais un flic reste avant tout un être humain, avec ses émotions et ses rages. Face au public il se tait, se cantonnant à opiner du chef. Cela fait partie des consignes. Les derniers événements genevois ont été largement relatés dans la presse: démission du chef de la police et enquêtes en cours après les manif anti-OMC du 29 mars où une manifestante a été blessée par une balle colorante tirée par un policier. Ils démontrent en tout cas que le métier de flic ne s’efface pas. Et c’est précisément ce que le public semble parfois ignorer.

Flic de quartier
Le hasard a voulu qu’un simple flic de quartier ait eu l’idée durant ses heures libres, de raconter dans un roman le revers de la médaille. Entre autres comment lui et d’autres collègues ont vécu les manifestations anti-OMC de 1998 qui avaient mis le centre de Genève à feu, sous les yeux éberlués des commerçants et des habitants. Mais ce n’est pas tout! Yves-Patrick Delachaux, flic depuis 11 ans à Genève, a usé son uniforme dans le quartier chaud des Pâquis durant 5 années. Îlotier, flic de quartier, il est aussi romancier. Flic de quartier, le livre qu’il vient d’écrire, ne devrait cependant pas être un brûlot politique! Du moins plus depuis la fin de la semaine dernière, quand le chef ad intérim de la police genevois, Christian Cudré-Mauroux – qui a remplacé le démissionnaire Christian Coquoz – lui a permis d’en parler autrement qu’en catimini! En deux mots comme en cent, le chef ad intérim estime qu’il est de bon ton, au travers d’un roman – alors que Genève s’apprête notamment à recevoir les manifestants anti-mondialistes début juin – que le public puisse mieux comprendre le réel travail d’un policier. Et ceci vu sous toutes ses coutures!

De Yves à Patrick
Il est vrai que ce livre tombe à pic: s’il est romancé, s’il s’agit d’une fiction, c’est aussi une autofiction, qui relate le métier de son auteur Patrick Delachaux. Au poste ses collègues l’appellent Yves, et lorsqu’il noircit les 300 pages de son roman, il devient Patrick qui a le verbe chaud, tendre et bourré d’émotion. Ce qui ne gâche rien. Ce roman écrit par un policier, contrairement à ce que l’on peut penser, n’est pas un roman policier, mais bien le récit d’une dizaine d’années d’existence en tant que flic de quartier. Et pas n’importe quel quartier puisque c’est aux Pâquis, le cœur chaud de Genève, que l’on y découvre l’envers du décor, l’envers du képi. Où comment les émotions d’un flic peuvent se transformer en un poignant témoignage, le tout romancé certes, parce que ce flic-là se sent fier, un peu shérif dit-il, découvrant chaque nuit des secrets différents et pourtant si semblables.

Caïd, prostituée…
Patrick Delachaux, 38 ans, a découvert le métier de flic de quartier, il y a onze ans, d’une intervention à l’autre, avec le caïd, la prostituée, mais aussi le pauvre diable, l’alcoolique, le chauffard ou le drogué. Et chacun d’eux lui a apporté ses propres sentiments, ceux d’un monde qui ne tourne pas toujours rond. Le lecteur fait connaissance avec un quartier chaud, de multiples personnages, mais aussi leurs ombres. On découvre, sous la plume de ce flic un peu déroutant, un homme qui ressent la chaleur humaine auprès des marginaux et les valeurs dont il a besoin pour vivre. Ce premier récit est aussi celui d’un flic peu ordinaire qui parallèlement est étudiant en sciences de l’éducation et formateur en relations interculturelles. Il a aussi été l’un des personnages centraux d’un film documentaire tourné en 2001 et primé au dernier festival de Nyon, intitulé Pas les Flics, pas les Noirs, pas les Blancs, où Alain Devegney, un collègue atypique racontait son parcours permettant de mieux faire accepter ce travail d’îlotier ethnique auprès de sa hiérarchie.

Pâquis by night
Passant d’une intervention à l’autre en compagnie du héros de cette autofiction, le grand public découvre que, derrière son uniforme, il y a un être humain: Celui qui assiste à une scène de ménage, celui qui trouve une femme violée, celui qui doit ,aider le petit vieux à ne plus voir de fantômes, celui qui aide une prostituée tabassée, celui qui assiste en direct à un casse et qui prend en chasse des voleurs. On découvre avec des mots, qu’ils soient durs ou tendres, qu’en côtoyant des marginaux et autres oiseaux de la nuit, toutes catégories confondues, en passant par le petit dealer de drogue arrêté x fois dans la même semaine, la pute qui a perdu les clés des menottes de son client, celle qui n’est qu’une bourgeoise désireuse d’avoir des sous pour gâter ses enfants, qu’un flic à aussi une âme! Il y a aussi l’ivrogne qui se fait plaisir à casser sa propre moto. Derrière les 1300 flics du canton, chacun a ses états d’âme. Au fait saviez-vous que quelques minutes d’internement d’un suspect équivalent à des heures de rapport, que parfois l’alcool et les psychotropes sont des échappatoires… Pour qui?

Nouveaux secrets
« Ce soir; tu as le vague à l’âme, tu es triste et mélancolique. Tu t’interroges beaucoup, beaucoup trop. Tu traînailles depuis des années dans le secteur: Tu es étonné de lui découvrir encore des nouveaux secrets. Etonné d’y faire de nouvelles rencontres. Tu aimes ce quartier-là. Il est chaud, les gens sont chauds, les affaires sont chaudes. Alors que cette nuit-là est plutôt sombre, froide, peu engageante, mortelle. C’est le printemps le mois d’avril. L’hiver est passé, mais il fait encore froid (…). Il est vrai que le quartier s’anime au gré des saisons. C’est le printemps et les cœurs se réchauffent. Les hommes viennent s’enflammer auprès des filles. L’alcool apaise les gens et les incite aux rencontres (…) Trop souvent les flics de quartier ont choisi l’oubli… ont choisi de se perdre et de s’endormir: Pour certains c’est l’alcool, le jeu. Pour certains ce sont les psychotropes, pour d’autres l’arme de service. Et pour ceux qui tiennent le coup, ce sont les insomnies, les questionnements, les doutes et les ulcères. La perte, le danger et la peur étayent les relations humaines et créent des liens à jamais scellés dans le sang, la sueur et l’amitié. Fraternité des hommes. Il n’y a pas de mots suffisamment puissants, rien n’est assez fort pour décrire la complicité qui naît dans les interventions où tu remets à un collègue ta confiance et ta vie. La camaraderie n’est pas un vain mot, et dans le quartier elle permet de rester en vie. »

Après avoir reçu le feu vert de la hiérarchie, le flic Yves redeviendra Patrick durant le Salon du livre où le public peut découvrir comment on est dans… la peau d’un flic lorsqu’on peut crier son silence.

Polar à l'envers
Patrick Delachaux, auteur de Flic de quartier aux Editions Zoé, est inscrit en tac de psychologie et de l’éducation à l’université. Son livre n’est pas un roman policier, mais bien un «policier romancé» où l’on découvre les Pâquis tutoyés avec élégance. Le héros se raconte à la deuxième personne. A relever que ce flic apparaît aussi dans le documentaire Pas les flics, pas les Noirs, pas les Blancs, que la Télévision suisse romande rediffusera le 12 mai prochain. Rappelons que œ documentaire tourné en 2001 sur le travail de flic de quartier est coproduit par Cinémanufacture, la TSR et ARTE. Au Salon du livre, au stand des éditions Zoé, le flic redeviendra auteur et dédicacera son roman mercredi 30 avril et jeudi 1er mai de 17h à 18h30. Vendredi 2 mai de 16h à 17h et samedi 3 mai de 10h à 12h. Ce policer, qui est aussi étudiant en sciences de l’éducation et formateur en relations interculturelles, travaille actuellement au poste de Rive. Et toujours à ses heures perdues, bien que marié et père de deux enfants, il continue encore à écrire, il continue à transmettre à son public ses sueurs et ses émotions. Son second roman parlera encore de l’intérieur de ses tripes. Mais ça c’est une autre histoire! – Ch. Z
Vue de l'intérieur
Christian Cudré-Mauroux, le nouveau chef de la police genevoise – ad intérim – s’est également laissé surprendre par l’émotion qui se dégage du livre de Yves-Patrick Delachaux. « II est vrai que tous les policiers on un jour ou l’autre les mêmes sentiments très bien décrits dans ce roman. Nous avons déjà eu la chance d’avoir un policier peintre qui a fait son chemin, de nombreux athlètes médaillés, et aujourd’hui je suis fier d’avoir dans mes rangs un policier romancier! » Sans doute que d’autres collègues, chefs ou pas, vont être captivés par cette littérature à l’instinct. Elle n’a rien à voir avec un quelconque rapport de policier, mais elle est bien un récit palpitant qui ne cache pas ses mots, même lorsqu’il parle de sanctions disciplinaires! – Ch. Z