29
juin
2017

Tribune de Genève

Patrick Delachaux publie une autofiction qui retrace des années de pérégrinations.

Un flic pas comme les autres raconte le quartier des Pâquis dans son premier roman Flic de Quartier. Livre très réussi.

Valérie DUBY

Tribune de Genève

Il se prénomme Yves Patrick. Un prénom composé pour un personnage composite. Yves, c’est le policier. Un îlotier de quartier au parcours déjà atypique puisqu’il termine une licence en sciences de l’éducation et est aussi formateur en relations interculturelles à la police genevoise. Patrick, c’est l’auteur, qui vient de publier Flic de quartier, aux Editions Zoé. « Flic de quartier » n’est pas une autobiographie, précise d’emblée Patrick Delachaux. Il s’agit d’une autofiction. » Le héros est un vrai gendarme au look universitaire de 37 ans qui, depuis dix ans, arbitre les bisbilles de voisinage, dépanne la copine prostituée qui a perdu les clefs des menottes de son client, chasse les fantômes qui hantent les petits vieux, fonce dans des poursuites nocturnes au volant de son véhicule de service.

L’histoire se déroule sur trois jours dans un quartier chaud. Sommes-nous aux Pâquis, où Delachaux a tourné pendant des années? Peut-être bien. Mais comme il le fait remarquer, « les scènes pourraient se passer dans n’importe quelle ville européenne. » A l’exception de l’Auberge de Coutance ou du Palais Mascotte, tous les autres noms d’établissements et les noms de rues sont fictifs.

Le shérif et le pèlerin
Dans Flic de quartier, le héros se raconte à la deuxième personne. Il parle de ses « inévitables préjugés », de ses participations aux manifestations. De cet accoutrement « censé faire peur. » Il se souvient de ses yeux rougis par les lacrymogènes et de ces instants inoubliables, de franche rigolades et d’embrassades avec ses collègues, « avec le sentiment du devoir accompli, mais aussi l’impression de plus en plus présente, d’avoir été le jouet d’événements qui te dépassent.  » Au cours de ses pérégrinations, le flic s’interroge. Il se pose de plus en plus de questions sur sa vie de « shérif ». Jusqu’au jour où il fait la rencontre d’un ancien policier devenu pèlerin. Cet homme va changer le cours de sa vie. On ne vous en dira pas davantage…

Deuxième livre en route
Marié et père de deux enfants, comme le héros de son livre, Patrick Delachaux est entré dans la police en 1992. Il y a cinq ans, il a entrepris avec l’accord de sa hiérarchie, une licence en sciences de l’éducation, en même temps qu’il poursuivait son activité d’îlotier à Rive. Le policier est aussi le personnage central de « Pas les Flics, pas les les Noirs, pas les Blancs », un film de la cinéaste Ursula Meier primé au Festival de Nyon, en 2001, qui a fait beaucoup de bruit au sein de la police. Son activité d’îlotier interethnique – expérience unique en la matière – a depuis été abandonnée. Delachaux garde pourtant espoir. Il croit dur comme fer à son rôle de formateur des policiers et des gardiens de prison. « La police a un rôle à jouer dans la socialisation du migrant », martèle-t-il. Avant d’ajouter: « Je pense que mon expérience de terrain ainsi que ma formation universitaire peuvent apporter quelque chose dans l’accueil et l’intégration des étrangers, notamment. Cela bien sûr, il faut que cela intéresse le Département! Mais je suis confiant Mon but n’est absolument pas de quitter la police sauf si, bien sûr, après tout ce que j’ai fait, on ne me demande que d’aller coller des amendes à la rue du Rhône. »Alors que le policier se prépare à la sortie de son bouquin, il planche déjà sur le deuxième et… le troisième: l’histoire d’un flic. A Johannesburg et à Bangkok.