31
mai
2017

GO OUT Magazine

Parfum de déroute

Par Jadd Hilal

«Je fais partie des gens invisibles»

Policier, écrivain… deux professions à priori peu compatibles ! Après 16 années dans les forces de l’ordre, Patrick Delachaux quitte l’uniforme et se lance dans l’écriture. Publié aux éditions des Sauvages, Déroute représente un témoignage de cette transition. Après sa démission de la gendarmerie, le jeune auteur voyage sur les traces de ses mentors. Il parcourt le Vietnam, l’Europe, les États-Unis et Cuba. En retour, toutes ces expériences le changent. Il s’interroge : que cherche-t-il ? Où en est-il ? Qu’est devenu le père de famille, l’époux, le flic ? Déroute se conçoit comme un voyage tant vers le monde que vers l’homme, l’auteur. Rencontre avec ces deux entités indissociées.

Que représente cette œuvre pour vous ? 
Formellement, des chroniques publiées pour Paris Match, la Tribune de Genève et le GHI. Une écriture brute, spontanée. Personnellement, Déroute se conçoit comme l’histoire d’un homme de 42 ans quittant la police pour rechercher des idées d’écriture.

Écrivain, policier, des métiers assez éloignés !
Les deux exigent un intérêt pour l’observation, le témoignage. Flic, j’ai commencé à écrire en étudiant les hommes et les femmes de mon quartier. Ces deux professions s’avèrent également ventrale, empathiques. Je me retrouve constamment blessé par la détresse.

Comprenez-vous aujourd’hui personnellement la transition de la police à l’écriture ?
A 42 ans, j’ai voulu me libérer de toute hiérarchie. Éducation, école militaire, police, j’ai coupé le cordon ombilical. Je me suis mis à mon compte pour mieux réfléchir et publier. Avec Déroute j’ai déposé l’uniforme. Plus encore, j’ai officialisé : aujourd’hui et pour la première fois, je me présente comme écrivain.

Vous accordez beaucoup d’importance à l’étiquette d’écrivain, un cadre parmi tant d’autre pourtant…
Un cadre librement choisi.

Où vous situez-vous vis-à-vis de l’autobiographie ?
Avec Déroute : en plein dedans. Pour le reste, j’avoisine plutôt l’autofiction. Dans tous les cas, je dois vivre mes expériences. Je ne peux pas rester dans un bureau et les imaginer. J’ai besoin de voir, d’aller sur place. Je ne pourrai jamais écrire du roman pur.

Sous-entendez-vous que les romanciers ne vivent pas leur récit ?
Si, parfois.

Pourquoi douter du romanesque alors ?
Un roman complet implique de la fiction. J’ai envie de garder le récit policier. Je veux montrer ma présence sur place. Je cherche aussi à assurer la fiabilité de mes personnages.

Une sorte de contrat autobiographique…
Les gens reconnaissent les endroits et les lieux évoqués dans mes ouvrages. Rien n’est plus formidable !

«Je suis dérangé par un groupe de touristes qui arrivent sur la terrasse. Ça me contrarie. C’est ma terrasse. Mon fleuve. Mes navires. Mes oiseaux. Mon jardin. Mon histoire»

Vous semblez ici refuser l’authenticité du moment…
J’ai écrit ce passage spontanément. J’ai toujours été un « absenté », les gens ne remarquent jamais ma présence. Je fais partie des gens invisibles.

N’est-ce pas là l’essence de l’observateur, du témoignage si cher à vos yeux ?
Une réaction de défense, rien de plus. Je suis sorti de mon projet. Peut-être est-ce la meilleure manière de prouver mon authenticité.