28
juin
2017

Coopération

Policier le jour, romancier la nuit, Patrick Delachaux mène une double vie

Il signe Flic à Bangkok. Et avoue tout. Garde à vue

Jean-François Hugentobler

Coopération

Bonnet de laine vissé sur le crâne, veste de cuir, boucle d’oreille, la démarche féline, Patrick Delachaux a le look style «commissaire Moulin». Mais, attention, derrière le flic dur à cuire sommeille l’écrivain. La preuve: après le succès de son premier livre Flic de quartier, le voilà qui récidive en publiant Flic à Bangkok. Alors, Patrick Delachaux, futur caïd du polar? Pris en flagrant délit, il passe aux aveux.

Veuillez décliner nom, prénom, âge, profession, état civil et domicile.
Delachaux, Yves Patrick, 40 ans, fonctionnaire de police, marié, père d’une fille de 13 ans et d’un garçon de 15 ans, domicilié à Genève.

A 26 ans vous quittez l’entreprise familiale pour entrer dans la police. Pourquoi?
Ma passion pour le judo m’a permis de rencontrer un grand nombre d’aspirants de police qui pratiquaient ce sport lors de leur formation. L’action, la découverte de la rue, les contacts humains, leur univers m’a tout de suite fasciné. J’ai compris que c’était là ma vraie vocation. En 1991, j’ai donc décidé d’entrer dans la gendarmerie genevoise. Durant douze ans j’ai été affecté comme patrouilleur dans les quartiers des Pâquis et de Rive. Aujourd’hui, après avoir obtenu l’an dernier une licence en sciences de l’éducation, je travaille comme formateur au sein du service psychologique de la police.

Je vois: vous êtes donc une forte tête et un agitateur d’idées?
J’aime me battre pour les idées auxquelles je crois. Mon boulot consiste à former les jeunes aspirants au brevet fédéral en leur inculquant des notions en matière d’éthique et de droits de l’homme. Dans ce cadre, je milite en faveur d’une formation continue capable d’accompagner les policiers tout au long de leur carrière. Car, excepté pour le tir et quelques autres disciplines techniques, il n’existe aucun réel suivi. Je crois aussi essentiel de mieux informer et encadrer les policiers dans leurs relations avec les personnes migrantes. Le but est d’éviter certains débordements dus le plus souvent à l’ignorance ou au manque d’expérience. Le rôle de la police est d’être le plus proche possible du citoyen.

Comment le flic que vous êtes est-il tombé dans le milieu de la littérature?
J’ai toujours aimé écrire. Après mon entrée dans la police, j’ai commencé à prendre des notes sur mon travail et celui de mes collègues. Mon premier livre était avant tout le témoignage de ce que j’ai vécu en tant que flic de quartier. Aujourd’hui, avec Flic à Bangkok, je crois avoir véritablement basculé dans le monde du roman. L’intrigue relate les mésaventures réellement survenues à des collègues français qui ont été confrontés au grand banditisme en Asie. J’ai mis aussi dans ce bouquin toute ma connaissance de la Thaïlande, un pays que je connais bien, mon père y vit.

Votre héros cite à plusieurs reprises le «Voyage au bout de la nuit» de Céline. Complicités littéraires, M. Delachaux?
J’apprécie le style dépouillé de Céline et Flic à Bangkok est une sorte de voyage au bout de la nuit. J’aime aussi des auteurs tels que Joseph Kessel, Jack Kerouac, Nicolas Bouvier, Blaise Cendrars. Je suis surtout attiré par les écrivains qui ont bourlingué et connu des vies aventureuses. Paradoxalement, les polars ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Mais maintenant que j’ai mis un pied dans ce créneau, je vais m’y intéresser de plus près.

Alors, c’est quoi la journée d’un flic-écrivain?
Je dors peu et j’écris donc surtout la nuit. Mais mon inspiration je la puise à l’extérieur. Je prends souvent des notes sur le coin d’une table de bistrot. J’ai besoin d’être stimulé par le bruit, la foule et de voir vivre les gens autour de moi.

Autres coups en préparation?
Mon prochain livre aura pour thème les problèmes liés aux banlieues parisiennes. Quant au suivant il aura certainement pour décor l’Afrique, une région du globe que je connais bien pour y avoir été envoyé en mission. Sur le plan de mon activité professionnelle, j’ai l’intention de m’atteler à un travail de doctorat qui aura pour objectif de mieux cerner le rôle et la place du policier dans la société de demain.