28
juin
2017

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Ilotier de la police, formateur et romancier

Notre flic de quartier en commission rogatoire à Bangkok

Christine Zaugg

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Yves Patrick Delachaux nous avait étonné en 2003 lorsqu’il avait sorti un roman particulier, une autofiction, qui n’était pas un polar, mais un témoignage de flic. Pour lui rien de plus facile, cet îlotier aux Pâquis avait raconté des tranches de vie d’un flic avec une émotion qui ne laissait pas indifférent : normal, son roman avait paru juste après les événements du G8 qui avaient ébranlé la République. Le hasard a voulu qu’un simple flic de quartier ait eu l’idée, durant ses heures libres, de raconter dans ce roman – Flic de Quartier – le revers de la médaille.

Formateur, romancier
Puis, le sous-brigadier de gendarmerie a été affecté au service psychologique de la police. Il a aussi écrit un mémoire universitaire pour justement éviter les dérapages racistes. Yves Patrick Delachaux est actuellement plus que jamais impliqué dans les « médiations ethniques ». Un formateur, romancier à ses heures sommes toutes ! N’oublions pas non plus que c’est dans le documentaire Pas les flics pas les noirs pas les blancs, retraçant en 2001 le travail de flic de quartier, qu’il s’est fait connaître. Vous vous en souvenez sans doute de l’extraordinaire aventure vécue par Alain Devegney du poste de Cornavin, qui était alors le premier îlotier de la police à s’occuper des ethnies. C’est lui qui est à l’origine de cette médiation inédite entre la police et les communautés étrangères. Depuis lors, le gendarme Yves Patrick Delachaux travaille au service de psychologie de la police et œuvre tout en donnant des cours sur les problématiques migratoires mais aussi sur les interventions auprès des populations migrantes.

Mémoire
Formateur en éthique et droits de l’homme dans la police genevoise, le parcours de Yves Patrick Delachaux étonne, dérange, mais surtout remet donc en question dans son mémoire universitaire, la formation actuelle de la police. Il se demande comment il est possible qu’il y ait des dérapages lors d’interpellations, de gardes à vue, mais aussi pourquoi des personnes migrantes se voient refuser l’enregistrement d’une plainte. Non pas qu’il veuille juger ses collègues, mais plutôt pour remettre en question certains préjugés.

Flic à Bangkok
Aujourd’hui, on reparle de ce policier, mais à nouveau pour ses talents de romancier. Son second livre qui vient tout juste de paraître Flic à Bangkok, rend ainsi hommage à tous ces flics en mission à l’étranger. C’est l’aventure d’un policier parti pour Bangkok en commission rogatoire. L’histoire pourrait être vraie. Europol envoie ce flic à Bangkok pour éclaircir le rôle d’un occidental dans un trafic de drogue et d’enfants d’ampleur internationale. Lorsqu’on voyage dans ce pays avec une telle mission, la vision idyllique du pays très touristique s’estompe. Parce que Patrick, le flic blanc, rompu aux techniques de l’élite policière européenne, doit maintenant jouer sur l’échiquier thaïlandais. Bien entendu les règles ne sont pas les mêmes et il doit apprendre surtout comment se donnent les coups à mesure qu’il les reçoit. Mais au-delà de la mission, ce roman retrace aussi la rencontre de l’Orient et de l’Occident. Le flic de Genève est parfois heurté, parfois séduit, mais comprend aussi que les subtilités thaïlandaises peuvent aussi lui échapper.

Regard sociologique
Lorsque avait paru le premier roman de cet îlotier genevois, on parlait carrément d’un brûlot politique ! Aujourd’hui Flic à Bangkok porte encore ce regard sociologique sur l’institution policière. Impossible d’occulter en effet les efforts de chacun de ses collègues. Flic à Bangkok rend aussi hommage à ces policiers travaillant à la sécurité internationale, également aux brigades spécialisées et surtout à ces femmes flics, qui n’ont, paraît-il, pas forcément une profession facile et estimée dans le milieu. Bref, tout le monde aura droit à son clin d’œil. Nul doute que le troisième roman qui cogite dans la tête de Yves Patrick Delachaux sera encore une fois une interface des émotions cachées de policiers. Le romancier imagine cette fois une fiction au cœur de Paris où le grand banditisme installé à Montmartre et Pigalle s’affronte. Mais ça, c’est une autre histoire.