31
mai
2017

Paris-Match

Patrick Delachaux: «… avec ce deuxième roman, je me sens vraiment écrivain!»

Odile Habel

Paris-Match

Le Genevois Patrick Delachaux poursuit sa carrière de policier écrivain. Deux ans après le succès de Flic de Quartier paru en 2003, il signe Flic à Bangkok (éd. Zoé) qui entraîne le lecteur en Thaïlande sur les traces de Patrick, un policier genevois mandaté par Europol pour enquêter sur un Français impliqué dans différents trafics. Un style direct, sobre, pour un roman qui se lit d’une traite. Interview :

C’est un changement de décor complet pour votre héros, Patrick, qui passe de flic de quartier à Genève au grand banditisme à Bangkok ?
Effectivement, il est maintenant agent de liaison pour Europol et il est chargé d’aller interroger un prisonnier français en Thaïlande. J’ai choisi Bangkok car c’est une ville qui m’est très familière puisque mon père y habite. J’ai mis dans ce livre toute ma connaissance de l’Asie et du métier de policier. En fait, quand j’écrivais Flic de Quartier, je pensais déjà à un deuxième livre qui pourrait se situer en Asie à un troisième en Afrique.

Votre style est toujours sobre, direct, mais on sent qu’il est plus travaillé ?
Je suis passé de l’autofiction au vrai roman. Mon premier livre était un cri du cœur. Je disais « toi » le flic de quartier. Alors que cette fois, j’ai utilisé la troisième personne. A part le premier chapitre qui est inspiré directement de mon expérience des interventions policières, et que je coulais très réaliste, comme si le lecteur était assis sur l’épaule du policier, c’est vraiment un roman qui rend hommage à des collègues qui ont eu des ennuis en Asie. Bref, je raconte une histoire, avec Flic à Bangkok je me sens vraiment écrivain !

Vous avez fait accompagner votre héros par des citations de Louis-Ferdinand Céline. Pourquoi ?
Parce que c’est un auteur dont j’aime le style incisif, vif, nerveux… et Flic à Bangkok est un voyage au bout de la nuit !

Vous évoquez en passant la manière vulgaire dont une policière est traitée par ses collègues masculins. Est-ce le quotidien des femmes dans la police ?
Non, mais c’est quelque chose qui a existé. A Genève, elles sont entre 8 et 10 % dans la police, ce qui correspond à la moyenne européenne. Dans les années 80 à 90, les femmes ont dû se faire leur place dans un monde très viril. Les hommes avaient une position qui oscillait entre le protectionnisme un peu condescendant et la séduction. Les femmes pourraient et devraient dénoncer ces comportements vulgaires à leur hiérarchie, mais il ne faut pas oublier qu’elles devront ensuite continuer à travailler avec ses hommes au quotidien.

Croyez-vous vraiment que les comportements aient changé ?
Oui, très sincèrement, mais les mentalités n’évoluent pas en un jour. Il faut du temps et rester vigilant face à des débordements de ce style.

Comme dans votre premier livre, votre héros est confronté à l’ambiguïté du bien et du mal. Est-ce un thème qui vous tient à cœur ?
Oui, car je crois vraiment qu’il n’y a pas le bien d’un côté et le mal de l’autre. Les choses sont un peu plus complexes. Au début du livre, Patrick arrive en Thaïlande avec toutes ses convictions de flic d’élite européen, mais confronté à la réalité du pays il est obligé de remettre en question ses certitudes. C’est évident quand il est confronté à Khun Sa, qui par ailleurs existe vraiment, un puissant chef mafieux qui sévit dans le Triangle d’or, il découvre que ces truands sont aussi les protecteurs des peuples expulsés par l’armée birmane. Au-delà de l’intrigue policière elle-même, il y a la rencontre entre l’Occident et l’orient dont Patrick ne connaît pas les règles et qu’il doit découvrir.