09
mai
2011

Tribune de Genève

La revanche du flic de quartier

Ancien gendarme, observateur privilégié des institutions policières, cet ex-cancre a pris une revanche éclatante sur l’école. Il est aujourd’hui auteur – il avoue avoir encore un peu de peine avec le titre d’écrivain – et vient de sortir son troisième roman «Grave panique» aux Editions Zoé.

Tribune de Genève - Xavier Lafargue

Tribune de Genève

Branchez-le sur les relations humaines, la citoyenneté, la police, l’écriture ou les voyages, immédiatement Yves Patrick Delachaux devient intarissable!

Une histoire de flics, bien entendu, comme lors de ses deux premiers romans, «Flic de quartier» et «Flic à Bangkok». C’est à Paris, en Seine-Saint-Denis, banlieue nord, que se déroule l’action. Comme toujours, il s’est rendu sur place, cette fois dans le tristement célèbre département «quatre-vingt-treize» (93), pour s’imprégner du quotidien de ses collègues français.
«J’ai besoin d’être sur place pour mon écriture, explique-t-il. Les flics sur lesquels j’écris, je veux les connaître, les sentir.» Yves Patrick a également publié trois essais sur la police, en 2007, 2009 et 2010.

L’imagination au pouvoir

Curieusement, sur les rayons chargés de ses bibliothèques, pas de polars. «Non, je n’en suis pas un fan. Chez moi, vous trouverez Hemingway, Kessel, Camus, Saint-Exupéry…» Le genre lui convient mieux, «des romans, de l’aventure, c’est ça qui me plaît. Pour mes 18 ans, ma sœur aînée m’avait offert un magnifique cadeau, toutes mes compositions d’école primaire regroupées dans un livre. J’avais toujours 6. Les seuls 6 de ma scolarité d’ailleurs, pour le reste j’étais plutôt un cancre, incapable de tenir en place. Mais là, je pouvais laisser aller mon imagination. Il y avait des fautes d’orthographe, mais c’était surtout bourré d’idées!»

Car Yves Patrick aime vagabonder, explorer. Dans son salon, en bonne place, deux mappemondes, l’une moderne, lumineuse, l’autre ancienne. Chaque recoin est chargé de souvenirs. Ici un vieux cheval de bois, là un lot de cannes, superbes, l’une témoin de l’époque où il fut intronisé maçon. «J’ai appartenu à une loge de 1998 à 2008», glisse-t-il. Tintin et Corto Maltese côtoient les statues asiatiques. L’Asie où son père vit depuis une vingtaine d’années. Où il est allé pour écrire son deuxième roman, dont l’intrigue a pour théâtre la Thaïlande.

Et puis une immense girouette, qui trône dans un coin. S’il saute volontiers du coq à l’âne en égrenant ses passions, ce père de deux enfants suit pourtant une ligne claire. Celle de l’écriture. «Mon métier de policier a été un support. Pour mes romans, mes essais, et aujourd’hui des scénarios pour la télévision et le cinéma.»

Deux mois à Cuba

L’an dernier, il a ouvert un cabinet de conseils, Delachaux et Maillard. «Nous travaillons en bonne partie dans le domaine de l’engagement civique, de la police et des droits humains», lâche celui qui est, par ailleurs, l’un des experts Tribune de Genève pour la sécurité.

Parallèlement, il mûrit un quatrième roman. «Le titre de travail, c’est Saigon 5». Retour en Asie, et voyage au long cours assuré sur les traces d’un trafic d’armes «qui pourrait m’entraîner à New York, Marseille, Lyon et finalement Genève. Mais rien n’est encore arrêté. Je reste dans des histoires à la Corto Maltese, les Caraïbes, les pirates. C’est vrai, concède-t-il, j’ai un côté très ado, un peu enfantin. Ma mère me l’a souvent dit: «Pourquoi toutes ces bagarres dans tes bouquins, quand arrêteras-tu de te battre?»

Yves Patrick a en tout cas cessé de jouer au gendarme et au voleur le 30 juin 2008, lorsqu’il a quitté la police genevoise. Sans regret. «C’était un passage d’homme. Ce jour-là, j’ai tiré un trait sur l’ordre. Aujourd’hui, j’ai besoin d’une liberté complète pour réfléchir à ce qui me passionne: la mission de l’Etat, son rôle. La citoyenneté et ce qu’elle implique.»