Déroute (Extrait 4)

Riad Dar Sholmes, Marrakech. Un entrelacs de ruelles dans le quartier de Sidi Mimoun qui laissent à peine passer la lumière. L’Imam appelle les fidèles à la prière. Je dépose ma plume sur la page en cours. Je me recueille. À cette heure-ci nous sommes des millions à nous adresser à Lui.

Terrasse sur le toit de chez mon amie Kopzehoue, prêtresse de Jamaïque et maîtresse du capitaine Ariza. Il souffle une brise fraîche. Je resserre l’écharpe de soie blanche achetée à Hong-Kong ; redescends les manches de ma veste sur mes avant-bras brûlés par le soleil. De plus en plus de fleurs de cimetière parcheminent le dos de mes mains. Il y en a tant. Ce pourrait être mon père.

Je me sers un thé de menthe dans la tasse berbère posée sur le plateau à ma gauche ; cinq jours que je n’ai pas touché à une goutte d’alcool. La théière m’échappe, choque contre une assiette. Les bruants s’envolent effrayés, abandonnant les miettes sur la table et les graines au sol, amenées par le vent. Ils éveillent l’attention d’un chat, noir, tête grise, étendu sur le parapet, une patte balançant dans le vide, rassuré par ma présence. Je croise son regard. Une profondeur qui me rappelle celle du gecko dans la chambre de mon hôtel à Saigon. Tout ramène à Ho Chi Minh City. Je reprends ma plume et note : « Patrick est seul dans sa chambre d’hôtel, tranquillisé par la présence d’un gecko. »

Les bâtiments de Marrakech offrent une palette de couleurs pourprées. Au crépuscule les rayons du soleil caressent les murs qui rougeoient et se découpent sur un ciel bleu azur. La ville est faite de deux parties distinctes. À l’intérieur de l’enceinte : la médina. À l’extérieur : la ville nouvelle, les quartiers Hivernage et Guéliz, son Grand Café de la Poste bâti dans les années 20 sous protectorat français, où se sont encanaillés les équipages de l’Aéropostale.

Ici j’ai l’envie folle de franchir de nouvelles étapes et de me remettre en écriture.