J’ai fait le choix à 42 ans de vivre de mon écriture

note auteur derouteJ’ai quitté mes fonctions à la police de Genève et suis parti pour l’ancienne Indochine sur les traces de Marguerite Duras et d’un porte-conteneurs que j’avais croisé en mer, qui porte le nom Saigon5, le titre d’un prochain livre, à écrire. Je ne savais pas que ces quelques semaines prévues allaient m’entraîner pendant quatre ans et me faire découvrir des populations, des villes et des paysages, de Saigon à Hong-Kong, de Phnom Penh au site d’Angkor, de Bangkok à Marseille, son port de la Joliette, départ des navires de la compagnie des Messageries Maritimes, de Marrakech à Venise, de Paris aux États-Unis sur les routes de la Beat generation, pour terminer à la Havane auprès d’Ernest Hemingway.

Quatre ans de notes dans des carnets de voyages, notes que j’ai voulues à l’encre de ma précieuse plume Pelikan. Ces voyages devaient s’approcher de mes rêves d’enfance et il me fallait retourner à des valeurs simples, des réflexions profondes, des rapports à moi même authentiques, et j’avais le temps. À chaque instant j’ai ouvert mes carnets, noter une réflexion, un début d’histoire, mes états d’âme. J’ai aussi noté mes lectures de l’instant. Car je voyage toujours avec beaucoup de livres, que j’annote et surligne.

Lors de ces déplacements, j’ai encore eu l’occasion magnifique de publier des chroniques de voyages dans le magazine Paris Match, le Genève Home Information et la Tribune de Genève, et animer des émissions à la radio depuis mes destinations, Sur les routes d’Ernest Hemingway, Sur les routes indochinoises et Sur les routes de la Beat Generation.

Quitter une corporation comme la police n’est pas une chose facile, d’autant que j’ai eu très jeune le besoin d’éprouver les limites à travers le sport, à outrance, l’armée dans une troupe d’élite, puis la police. Déposer mes uniformes devenait alors bien plus qu’une transformation professionnelle, mais la petite mort de mes blessures d’enfance, pour devenir l’homme que je suis.

Déroute parle de cette transformation et du rapport étroit à l’écriture.

J’ai enfin le sentiment de devenir un Ecrivain.

C’est à dire de vivre de ma plume, certain que je n’écris pas une réalité, mais ce n’est cependant pas une imposture, j’écris des songes et je songe en m’écrivant. J’ai la nécessité de cette illusion. J’imagine les vies qui auraient pu être si elles n’étaient pas seulement imaginées. Sont-elles seulement imaginées ?

Lors de mes voyages j’ai compris que je n’écris que si je trouve une juste distance entre ma réalité et mes fantaisies.

« Suis les navires. Suis les routes que sillonnent les embarcations vieilles et tristes. Ne t’arrête pas. Évite jusqu’au plus humble des mouillages. Remonte les fleuves. Descends-les. Confonds-toi avec les pluies qui inondent les savanes. Refuse tout rivage… »

Ce sont les mots de l’écrivain colombien Alvaro Mutis dans la bouche de son personnage Maqroll le Gabier qui m’ont inspiré Déroute.