Flic à Bangkok (Extrait 2)

Vrombissements. Deux motards remontent à toute allure la colonne, viennent se positionner à l’avant du convoi. Ils ouvriront la route en bloquant les intersections, évitant ainsi le ralentissement inopportun du cortège. « Dans quel merdier je me suis mis ? » se dit-il en inspirant profondément, calmant les battements de son cœur, observant à travers le pare-brise la voûte étoilée… astres flamboyants. Cassiopée chatouille la Voie Lactée, Mars la rouge défie Pégase.

Un mot d’ordre, Go !, résonne dans les oreillettes.

Les motards démarrent sur les chapeaux de roue. Le premier véhicule bondit, suivi aussitôt par le deuxième et le troisième. Il réagit illico, donne un puissant coup d’accélérateur. Fred saisit le gyrophare et l’actionne. Aussitôt la lumière bleue illumine l’intérieur du véhicule. Fred fait passer l’appareil par la portière, le pose sur le toit. Clac ! L’aimant s’est stabilisé.

–La sirène sera inutile, fait Fred calmement, les motards s’en chargeront si nécessaire.

Huit cents mètres sont parcourus. Premiers virages en épingle. Pas de freinage. Le convoi garde sa formation. Ligne droite. Accélération. Décélération.
Il maintient la distance prescrite. Ses doigts se crispent sur le volant. Au plus petit écart de conduite, Fred le rappelle à l’ordre par un léger sifflement. Il est à cran, craint à tout instant d’emboutir l’arrière de la voiture qui le précède.

Accélération. Les motards prennent de la vitesse dans les virages, devancent le convoi sur plusieurs centaines de mètres, ralentissent aux premières intersections et bloquent le trafic routier ; après quoi ils gazent au maximum, remontent la file pour venir rejoindre la voiture de tête.

Le convoi débouche sans ralentir sur une route nationale. Nouvelle accélération. Fred siffle sèchement. Il corrige sa trajectoire.

Il conduit à ce rythme depuis 15 bonnes minutes. Ressent une grande fatigue. Ses yeux le picotent. Il profite d’un léger ralentissement pour se dégourdir les bras et corriger son assise ; mais déjà le convoi accélère.

Le pied au plancher, il voit les chiffres de son compteur grimper : 90, 110, 120. Le véhicule qui précède plante sèchement. Il enfonce la pédale de frein. Voit les feux arrière de la voiture s’approcher à vive allure. Il se crispe. Elle accélère. Reprend la distance. Dix mètres. Il perd du terrain. Sifflement de Fred. Il remonte… 110, 120, 130. Freinage. Accélération. Le convoi s’engage sur une bretelle d’autoroute, 130, 140, 150… alors la vitesse reste constante sur près de 40 kilomètres. Il zigzague quelquefois, eh bingo ! Fred siffle. Il garde la distance. Dix mètres. Cent cinquante kilomètres heure. Il se fatigue, se crispe. «Combien de temps va durer cette épreuve ?».

Trois quarts d’heure de course effrénée, le convoi ralentit sérieusement. Plusieurs voitures de police, feux bleus actionnés, bloquent l’accès à une aire de repos. Deux chars de grenadiers veillent sur les côtés. La voiture de tête s’engage. Il suit. Au passage, il aperçoit trois limousines noires stationnées, les feux éteints.

– T’occupe… et avance au pas, marmonne Fred en éteignant le gyrophare.

Il découvre un hélicoptère militaire de transport de troupes. Les moteurs fonctionnent, les pales tournent à petite vitesse. L’appareil, carrossé vert foncé, brun et noir, se fond dans la nuit. La porte coulissante est ouverte.

Le convoi approche. Passe près de policiers revêtus de gilets pare-balles et armés de mitraillettes. Ils tournent le dos à l’appareil, cherchent à repérer tout mouvement suspect… ils n’hésiteront pas à faire feu. La voiture de tête s’immobilise. Il freine. Les portières s’ouvrent.

– Reste prêt au départ, dit Fred en sortant. Et à tout à l’heure à la caserne ! ajoute-t-il.

Le VIP, demeuré allongé sans émettre aucun bruit, est extrait énergiquement du véhicule. Plié en deux, il est précipité vers l’échelle appuyée contre le fuselage de l’hélicoptère. La porte coulissante se referme dans un claquement. Le bruit des moteurs s’intensifie et les hélices s’emballent dans un bourdonnement assourdissant. L’appareil vibre, prend de la hauteur.

Penché sur le volant, il retire enfin sa cagoule, s’essuie le front en soufflant, ne quitte pas des yeux la trajectoire de l’oiseau noir qui s’éloigne parmi les étoiles.