Flic de Quartier

Quelques jours dans la peau d’un flic de quartier…

Par Joel Jégouzo

Flic de quartier

La nuit, les rues, les chairs dans le giron des ténèbres urbaines. Le clan des obscurs, des paumés, des exclus. Les gens se cognent, il les sépare. Les mêmes s’étripent, il les sépare encore. Ils s’éventrent, il les sépare toujours, les mains trempées de la poisse du sang coagulé. Flic de quartier, maquereau, confident. Il protège, surveille, encaisse. Tous paumés, dans les limbes d’un monde qui ne sera jamais meilleur. Le grand bordel en somme, le désarroi des vies, mensonges, manipulations. Flic de quartier, c’est entrer dans l’intimité des familles, des couples, relever des hommes en slip, des femmes en pleurs, nuisette bon marché, les jambes grêles, un couteau de cuisine à la main. C’est affronter la peur, les larmes, les confidences tardives. L’un s’épanche, l’autre rue, vomit sur lui, pisse sur lui. Dans le grand barnum des cris, le quotidien d’un flic scrutant la ville, décharnée. Une vision douloureuse, tout de même, humaine, forcément, à coudoyer pareille misère, si constante, partout étalée sans vergogne dans l’immense vacuité des villes contemporaines.

Superbe récit écrit à la seconde personne, volontiers poétique, interpellant le lecteur pour le faire entrer dans cette nuit affolée des villes compromises, toutes, à leur propre chevet. Superbe récit paré de sa matière fétide, la ville crue, livrée sans aménité. Et son prolongement, le commissariat, au fond la rue, encore, le même mobilier humain, le même désarroi, l’épreuve, continuelle. Le foutoir partout, bric-à-brac à la con surchargé de rapports en souffrance, montagne de paperasses entre deux poursuites en flag, l’urgence, toujours, jusqu’à ce que s’achève sa longue nuit de service. Superbe témoignage dans lequel on sent passer toute l’émotion, la rage, la colère d’un flic sur le départ, nous confiant cette matière revêche le grand présent de la misère du monde. Une belle réussite, assurément, que ce récit rythmé au gré des services, jour/nuit, sans l’espoir d’aucune rédemption.

Quatrième de couverture
Le héros de cette autofiction est un vrai flic. Voilà dix ans qu’il arbitre les bisbilles de voisinage, dépanne la copine prostituée qui a perdu la clé des menottes de son client, chasse les fantômes qui hantent les petits vieux, fonce dans des poursuites nocturnes. Mais toute cette agitation n’empêche pas ce flic de broyer du noir et d’avoir des doutes sur la justice! À quoi bon arrêter encore ce petit dealer qui recommencera demain et comment rester professionnel quand les préjugés se renforcent de jour en jour ? D’une intervention à l’autre, on fait connaissance avec un quartier chaud, ses personnages, ses travers, ses ombres. Mais on rencontre surtout un flic déroutant qui trouve auprès des marginaux la chaleur humaine et les valeurs dont il a besoin pour vivre.

Dans ma rue – RSR La Première 03/08/2010

Présentation du roman au 12:45 à voir ici