Du hasard à la nécessité…

Avril 2003 «Flic de quartier» sort de presse. Tu as écris ce livre d’un trait. Il raconte la vie d’un policier, époux et père de deux enfants ; raconte ses doutes, son quotidien, sa quête.

Tu as commencé à écrire à l’université, il est sorti de tes souvenirs quotidiens pour devenir une fiction. Le livre est là.

Mois de septembre 1998, tu déposes ta signature sur le document d’inscription à la faculté. Tu hésites. Tout se bouscule dans ta mémoire. L’acier gratte le formulaire, tu as de la peine à y croire : Comment est-ce possible ? te demandes-tu. A trente-trois ans, tu t’engages pour plusieurs années à l’université. Avant de déposer cette signature, tu jettes un regard, furtif, aux alentours. Personne ! Tu es seul et comprends que l’acte reste un geste solitaire.

note auteur flic de quartier

Cet instant se confronte aux années passées sur les bancs d’école. Des années à trépigner sur une chaise, le visage tourné sur les montagnes avoisinantes, qui t’invitaient à l’insurrection. Le bruit des envols et des atterrissages des avions de l’aéroport international situé à quelques kilomètres de ton école, te permettaient de survivre aux longues journées de scolarité. Tu rêvais de Saint-Exupéry, l’imaginais survoler l’Afrique, la Patagonie, le Chili et le Paraguay, pour se poser à Buenos Aires. Tu imaginais encore qu’elles furent ses dernières pensées avant d’aller rejoindre Mermoz, Guillaumet et Reine, tous engloutis par l’océan.

Tu as usé tes fonds de pantalons, tu t’es ennuyé et t’es plié au dictat de l’instruction publique. L’école t’es apparue comme l’ennemie, tu la provoquais sans cesse.

Enfin libéré, tu t’es jeté dans le monde des adultes, bien plus passionnant aux yeux du jeune loup que tu étais, prêts à en découdre avec la vie… Et tu rencontrais les hommes. Tu rencontrais aussi des auteurs : Kessel, Kerouac, Hemingway, Calaferte, Boudard, pour ne citer qu’eux. Tu appris les souffrances, les joies et la grandeur. L’homme t’as intéressé pour ses faiblesses. Il te semble perdu dans l’immensité de l’existence et ne sait rien du chemin qu’il parcourt. Et les hommes vivent en communauté, au coude à coude, ne sont jamais aussi bon que quand ils sont face à l’adversité. Il faut construire et ils construisent.

En 1992 tu entrais à la police. Rapidement tu t’es trouvé en présence de désoeuvrés. Et toi, le flic de quartier, trait d’union entre des mondes qui ne s’accueillent pas : Comment faire respecter des valeurs quand, du plus nanti au déshérité les codes sont une géométrie variable ? Au contraire, penses-tu parfois, n’y a-t-il qu’un seul code que tu n’as pas su percevoir ?

Questions posées, réponses en attente. Et voilà que ta quête prend sens dans l’écriture. Écriture nerveuse, authentique, qui cherche dans la quotidienneté des hommes, l’absolu. Tu es dans le flou, tu observes ; hanté par des visages perçus, des mots parvenus, des situations vécues.

L’écriture est ainsi devenue un outil personnel, un espace nécessaire dans ta vie…