Patrick romancier, retrouve Yves policier…

note auteur grave paniquePatrick et Yves ont aujourd’hui quitté le Corps de police. Presque vingt ans de pratique et une pleine conscience de sortir du métier de policier pour embrasser de nouveaux défis ; notamment celui de l’écriture et du voyage. Ils écrivent ensemble cette « note d’auteur » et se souviennent que Patrick avait écrit seul celle de Flic de Quartier et celle de Flic à Bangkok. Yves n’avait pas eu de place pour s’exprimer. Pour Grave Panique, ce troisième roman, Yves revient.

Tout d’abord professionnellement, Yves et Patrick ont pris conscience que la sécurité est aujourd’hui à concevoir de façon plus globale, la seule expression policière est trop étroite. Leurs états-majors les ont ignorés tous deux ; tentés même de les faire taire ; tentés de les compromettre. Démissionner de leur fonction aurait été de rester.

La sécurité dans une société hétérogène inclut les questions démocratiques, d’ordres économiques, de développement durable, d’écologie et d’éducation. Nos deux policiers ont pris conscience que les défis européens en matière de police de ce début du XXIe siècle sont la défense des droits du citoyen dans le respect absolu des Droits humains. Ce sont pour ces raisons, et elles seules, pendant ces périodes où la sécurité de tous est éprouvée, qu’il faut innover en de nouvelles capacités d’organisation du travail policier, ainsi que dans son engagement, en maîtrisant les enjeux de la sécurité dans un contexte démocratique.

En France, Patrick le romancier a retrouvé Yves le policier du commissariat de Saint-Denis, pendant une période où toute activité de police de proximité a été supprimée, sous prétexte qu’elle ne permettait pas d’obtenir de bons résultats en matière de lutte contre la délinquance. Il s’agit d’une méconnaissance affolante du travail policier.

À elle seule, la police ne peut résoudre les problèmes de société, c’est en se mettant en lien et en travaillant en partenariat avec l’ensemble des intervenants sociaux qu’un changement peut intervenir.

Patrick est parti en mission au 36 Quai des Orfèvres le cœur léger. Une idée en tête, se fondre parmi ses collègues, observer quelques missions, puis l’envie d’écrire Montmartre après avoir découvert Nuits de Montmartre de Kessel.

La Butte Montmartre, villageoise et populaire, célèbre pour ses moulins, ses cabarets, Le Chat Noir ou Le Lapin Agile, pour ses églises, Saint Pierre ou Saint Jean de Montmartre, illustre pour ses abbesses propriétaires des pressoirs, ses closeaux serrés à l’ombre des marronniers, immortalisée par Modigliani, Picasso, Lautrec ou Renoir.

La Butte Montmartre, un air de vieille France sur laquelle le premier évêque de Paris, Saint Denis, fut persécuté et décapité par l’empereur romain Dèce en 258. Saint Denis qui, dit-on, a marché six kilomètres la tête sous son bras avant de s’écrouler à l’emplacement où sera construit la Basilique Saint Denis.

Ainsi l’histoire mène Patrick à Saint-Denis.

Saint Denis qui d’une plaine autrefois balayée par les vents et aujourd’hui devenue enchevêtrement de constructions à quelques stations de métro au Nord de Paris. Un nœud autoroutier qui fracture le paysage.

Saint-Denis. Banlieue née sous l’impulsion de l’aire industrielle, se construit pour loger les nouveaux ouvriers aux périphéries de la ville. Cela constituera pour longtemps la ceinture rouge de Paris, le fief historique du parti communiste. Banlieue rouge donc, à présent banlieue grise et désindustrialisée, synonyme de violence, de ghettos où se développe une marginalisation croissante. Vingt pourcents de la population a moins de vingt-cinq ans, le chômage est endémique, l’avenir s’y brouille et les discriminations s’accroissent.

Pourtant Saint-Denis c’est aussi un des plus grand marché de l’Île de France, l’immense parc de la Courneuve, c’est l’aéroport de Roissy et le Stade de France.

Saint-Denis a vu naître Paul Éluard, poète engagé et visionnaire, auteur de Capitale de la douleur et de la Liberté.

Saint-Denis c’est Samira Bellil, l’enfant du 93, qui affranchit la France avec son livre L’enfer des tournantes, récit des difficultés des banlieusardes, ces filles de « caves », abusées sexuellement, vues et utilisées comme de simples objets sexuels par les garçons de la cité.

Saint-Denis c’est ces deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, qui trouvent la mort, par électrocution, dans l’enceinte d’un poste source électrique, alors qu’ils fuient sans aucune raison apparente un contrôle de police – qui embrase la France au point que l’état d’urgence soit autorisé. Les chiffres sont ahurissants : 10’000 véhicules brûlés, des bâtiments incendiés, écoles, gymnases, entrepôts, commerces, etc., plus de 11’000 policiers au combat, près de 3000 mille interpellations dont des centaines de mineurs.

De Montmartre à Saint-Denis, du village à la banlieue, une France brûlante de paradoxes.

Patrick et Yves se sont inspirés de ces paradoxes pour ce troisième roman Flic de Quartier au titre emprunté à la langue des banlieues : Grave Panique