Coups de coeur

Ces coups de cœur ne sont pas exaustifs, j’ai fait le choix de présenter des amis personnels – mes amis auteurs –, et des écrivains disparus – mes hérauts – dont j’étudie le champ des possibles et des impossibles possibilités pour inspirer ma vie.

Pour plusieurs, et au-delà du texte, je me suis organisé des voyages à la découverte des terres de l’ancienne Indochine française, les routes américaines de la Beat Generation, ou encore suivi les traces d’Hemingway à Cuba.

N’hésitez donc pas à suive l’ensemble de mes Carnets de route.

Un exemple :

Je suis devenu croyant en Inde. Et pas grâce à Sri Aurobindo. J’ai prié en traversant les trombes de flotte qui n’en finissaient pas d’arroser la carlingue. Prendre India Airline en période des moussons pour traverser le sous-continent indien est une épreuve qui doit être imposée au non-croyants. Peu importe qu’il s’agisse de Brahma, du Prophète ou du Christ l’important c’est que l’un d’eux regarde dans ma direction et numéro de mon vol. Une gageure. À l’atterrissage je suis dit qu’il y devait avoir quelque chose au-dessus des nuages gonflés d’eau de pluies. Me revient alors le livre d’Alexander Frater: A la poursuite de la mousson. Ce type légèrement frappé c’est lancé dans une aventure humaine extraordinaire: se faire bousculer par les pluies du sud de l’Inde aux contreforts de l’Himalaya. Et ça lui a plutôt réussi. Il a fait trempette.

Bref, ça fait un choc, ça questionne, ça fout le tournis de quitter Mumbai l’anglaise surexcitée pour Pondichéry la douce française. Ancienne sous-préfecture sous les tropiques, la ville blanche, ainsi nommée pour la partie coloniale de la ville, évoque les comptoirs d’extrême orient et les reportages d’Albert Londres, qui n’a pas manqué de dire en découvrant Pondichéry: «Ici au moins il n’y a pas d’Anglais». J’apprécie la tranquillité qui m’avait échappée ces dix derniers jours. Les maisons sont coloniales, les avenues larges et couvertes par les arbres, les entrées majestueuses, des colonnes gréco-romaines soutiennent les étages des bâtiments et les couleurs des murs sont chaleureuses. Je redécouvre les chants amoureux des nombreuses espèces d’oiseaux de couleurs qui virevoltent dans les arbres. Ne me demandez pas les noms, mais, ça change passablement des pigeons de Mumbai. L’Alliance et le Lycée français sont encore très actifs. Curieusement les français ont su garder d’excellentes relations dans leurs territoires coloniaux et orientaux, qu’il s’agisse du Laos, du Cambodge, du Vietnam ou encore de Pondichéry, j’ai remarqué que la France est apprécié, pour sa culture et le respect des cultures. Allez demander ça à celles et ceux qui ont été occupés par les japonais ou les américains… Les avenues portent le nom d’écrivains français, Romain Rolland, Alexandre Dumas ou encore celui de personnalités politiques, comme Jean François Dupleix, gouverneur et commandant général des établissements français de l’Inde.

Il y a la mer aussi. Le Golfe du Bengale. On oublie de fréquenter la plage tant elle est jonchée de détritus. C’est le soir que c’est le plus charmant. Les rues sont interdites à la circulation et les amoureux indiens viennent s’y bécoter. Les hommes trainent leurs tongs et bonhomie. Les femmes présentent leurs plus beaux saris. Sans compter le vent frais qui fait oublier les chaleurs de l’après-midi. C’est beau Pondichéry!

Le voyage ne fait que presque commencer, que, déjà, je me sens un autre. Je ne finis pas de ressasser une réflexion partagée par Nicolas Bouvier qui, de mémoire, disait que l’on ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’histoires, mais pour que la route vous plume, rince, essore et vous rende comme les serviettes élimées par les lessives que l’on vous tend avec un savon dans les bordels. Moi j’aime ce genre d’images. Images du type qui a bourlingué et a laissé ces illusions à Ceylan.

Je m’astreins chaque jour à écrire quelques pages personnelles dans mes carnets de route et prendre des photographies de la vie quotidienne des indiens. Difficile tout de même de clicher la mistoufle. Que vais-je en faire? C’est une toute autre question à laquelle je n’ai jamais pu répondre. Depuis le temps que j’ai envie d’écrire mon récit sur l’Afrique du Sud, et toujours pas une ligne déposée, alors que spontanément je couche des pages de l’une de mes aventures policières entre Marseille, Lyon et Fribourg. Où vais-je chercher ces inspirations qui ne sont jamais celles que j’avais prévues?

Après Pondichéry je boucle le Sud de l’Inde en faisant l’école buissonnière et m’égarer au grès des routes de campagnes et celles magnifiques du théâtre dansé du Kerala, au répertoire des grandes épopées Râmâyâna, Mahâbhârata et Purânâ.

Il me reste du temps. Ça n’a pas de prix!