Projets en cours

Il pleut. Il fait noir. Les nuages sont lourds. Des éclairs déchirent le ciel à l’horizon. Le flic stationne contre le trottoir. Éteint le moteur. La radio de bord crépite. Il enfonce sa casquette sur son crâne. Les cheveux courts. Il sort de la voiture. Il claque la portière de son véhicule de service. Il enclenche la fermeture des portes. Dans le quartier les voitures de flics se font parfois voler. Les pneus percés. Les pare-brise brisés. Des salissures sur le capot. De l’urine contre les portières. Les habitués connaissent sa voiture et ses horaires de service. Il ne devrait pas y avoir de soucis. De toute manière si une trogne avait l’outrecuidance d’une provocation... Les flics d’ici ne laissent rien passer. C’est parfois peu légal. Une règle implicite. Il remonte la fermeture éclair de sa veste, et le col. Il vérifie si son bois est bien fixé à sa ceinture. Une vieille matraque que la police a retirée depuis longtemps du matériel de corps. Lui, la porte encore. Elle s’est tant écrasée sur de sales gueules... Un couple marche à pas rapides, serré au plus près du mur de l’immeuble. Un homme et une femme protégés par un parapluie. Elle est agrippée au bras de celui qui semble être son compagnon. Il la soutient. Un homme bienveillant. Il jette un coup d’œil aux alentours. Se met en mouvement. Lourdement. Ceux d’un bovidé. Combien de fois n’a-t-il pas été comparé par ses collègues à ces gnous d’Afrique, qui enfoncent les barrières, encornent les bêtes sauvages et parfois les paysans ? C’est devenu son surnom : le gnou. Il est vrai qu’il frappe facilement d’un coup de tête. Pourquoi l’Afrique ? Certainement pour avoir mené quelques jolies opérations de police contre des dealers noirs africains, qui sévissent dans son quartier. Des réfugiés qui s’assomment à l’alcool pour se penser vivants. Familles au pays. Appels téléphoniques. Envoi d’argent par la Western Union. Une hypothétique réussite en Europe. Croyance en cette oseille qui devait couvrir les trottoirs d’ici. C’est la chute ! Ce requérant a traversé la méditerranée au prix de sa vie. Aujourd’hui il zone dans le quartier pour vendre une petite quantité de cocaïne, chouraver un portefeuille. Et l’orage gronde ! Il avance lentement le long des bâtiments noircis par les hydrocarbures. Les lumières des enseignes publiques reflètent contre les vitrines, la chaussée mouillée. Là-bas c’est chez le taulier, Jean-Claude, son tripot. Quelques rares énergumènes filent entre les gouttes. Ils s’engouffrent dans les allées. Des ombres furtives. Il marche tranquillement. Indifférent à la pluie qui lui gifle le visage. Il observe les moindres détails. Un souffle. Un cri. Un indice. C’est Joëlle qui lui a demandé ce service. Une putain. Toxicomane. Prête à clamser pour une passe de quelques dizaines de francs s’il le faut. Joëlle. Et sa gamine : Yevdokiya.